Afriland First Bank CD
(LVDE) — Alors que des tensions sociales secouent l’agence d’Afriland First Bank CD à Gbadolite, le groupe panafricain Afriland First Group affirme ne plus exercer aucun contrôle sur sa filiale congolaise depuis 2021. Il annonce avoir saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) afin de contester ce qu’il considère comme une expropriation par les autorités congolaises.
Gbadolite, dans le nord de la République démocratique du Congo, est devenue l’épicentre d’une polémique bancaire aux ramifications internationales. Depuis début février, des agents du secteur de la santé observent un arrêt de travail pour protester contre le non-versement de primes et de salaires domiciliés à l’agence locale d’Afriland First Bank CD. La situation, relayée par plusieurs médias congolais et régionaux, a rapidement suscité des interrogations sur la solidité de l’établissement bancaire et la responsabilité de son actionnaire historique.
Dans un communiqué rendu public, Afriland First Group, holding financière fondée au Cameroun et présente dans plusieurs pays d’Afrique centrale et de l’Ouest, a tenu à clarifier sa position. Le groupe affirme qu’il ne détient plus aucun pouvoir de décision au sein d’Afriland First Bank CD depuis juillet 2021. À cette date, rappelle-t-il, l’État congolais et la Banque centrale du Congo avaient procédé à son éviction du capital de la banque, entraînant la perte de tout contrôle opérationnel, administratif et financier.
Cette mise au point intervient dans un contexte où la crise actuelle est perçue, à tort selon le groupe, comme le prolongement de la gestion passée. Afriland First Group insiste sur le fait qu’il ne peut être tenu pour responsable des dysfonctionnements observés aujourd’hui, notamment le retard dans le paiement des rémunérations de certains clients institutionnels.
Au-delà de la controverse sociale, le dossier prend une dimension juridique internationale. La maison mère indique avoir engagé une procédure d’arbitrage devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), une institution affiliée à la Banque mondiale basée à Washington. Enregistrée sous la référence ARB/23/38, la plainte vise à contester ce que le groupe qualifie d’expropriation et à obtenir réparation pour les pertes subies. Selon les données publiques du CIRDI, ce type de contentieux peut s’étendre sur plusieurs années et porter sur des montants significatifs lorsque des investissements étrangers sont concernés.
Dans le paysage bancaire congolais, déjà marqué par des restructurations et des exigences accrues de conformité prudentielle, cette affaire ravive les débats sur la gouvernance des établissements financiers. Les rapports de la Banque centrale du Congo soulignent régulièrement la nécessité de renforcer la solvabilité et la transparence du secteur, dans un pays où le taux de bancarisation reste inférieur à 10 % selon les estimations de la Banque mondiale.
Pour Afriland First Group, qui revendique des millions de clients à travers son réseau continental, l’enjeu est désormais réputationnel autant que juridique. Le groupe assure suivre l’évolution de la situation en RDC tout en laissant la justice arbitrale trancher le différend qui l’oppose aux autorités congolaises. En attendant la décision du CIRDI, les salariés concernés à Gbadolite espèrent une issue rapide à une crise qui dépasse largement le cadre local. Raphael Mforlem



