Célestin Tawamba, président du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM)
(LVDE) — Au cœur d’une crise logistique majeure au Cameroun, le Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) a donné un ultimatum au gouvernement après l’apparition d’un prélèvement simultané de frais de scanning au Port Autonome de Douala (PAD). Selon le patronat, cette double facturation entraîne des surcoûts importants et met en péril la compétitivité des opérateurs. Si aucune solution n’est trouvée d’ici le 16 février, les déclarations d’importation et d’exportation pourraient être suspendues.
Douala, capitale économique du Cameroun, est en ébullition. Depuis plusieurs semaines, les exportateurs, importateurs et transitaires tirent la sonnette d’alarme face à une anomalie nouvelle dans le traitement des cargaisons au port le plus stratégique du pays. Alors que le scanning des marchandises — procédé non-intrusif destiné à vérifier les flux de marchandises entrant et sortant — était jusqu’ici unique, plusieurs opérateurs rapportent qu’ils se voient désormais facturer deux fois pour le même service par différents prestataires.
Pour le GECAM, qui représente plus de 1 000 entreprises du secteur privé camerounais, cette situation n’est plus tenable. Dans un communiqué publié à Douala le 12 février, signé par son président Célestin Tawamba, l’organisation patronale dénonce des « surcoûts massifs », des délais de dédouanement allongés et des risques de dégradation des marchandises en attente dans l’enceinte portuaire. Le patronat va jusqu’à évoquer une perte de compétitivité du PAD et la possibilité d’une relocalisation de certaines activités vers des ports concurrents de la sous-région.
Face à ce qu’il qualifie de double facturation, le GECAM a fixé un ultimatum au gouvernement : trouver une solution durable avant le 16 février 2026, faute de quoi il se dit prêt à suspendre les déclarations d’importation et d’exportation ainsi que les opérations douanières liées à la mainlevée des marchandises. Cette mesure, sans précédent, illustre l’ampleur des tensions entre la communauté des affaires et les autorités portuaires.
Les sources de cette crise remontent aux décisions récentes du PAD concernant le scanning. À partir de janvier 2026, une nouvelle société, Transatlantic D S.A., a été désignée pour assurer le scanning de toutes les cargaisons, remplaçant l’opérateur historique qui se consacrait jusqu’ici au scanning des conteneurs. Cette réforme, présentée comme une modernisation visant à accroître la traçabilité et la sécurité des flux, a été influente dans l’apparition de ces doubles facturations, notamment du fait de divergences entre les directives du port et celles du gouvernement sur le cadre contractuel à appliquer.
Des tensions institutionnelles autour de la gestion du scanning avaient déjà conduit à des interventions de haut niveau, avec notamment l’implication du Premier ministre et de la présidence pour clarifier quel opérateur devrait continuer à exercer ces fonctions. Ces batailles administratives ont contribué à l’incertitude et à la confusion sur le terrain, selon des acteurs du secteur.
Dans les quartiers industriels et les zones d’entreposage autour du port, la grogne des importateurs est palpable. Ils pointent du doigt l’impact direct sur les prix des marchandises, la trésorerie des petites et moyennes entreprises et les chaînes d’approvisionnement essentielles à l’économie nationale. Une source locale a mentionné que la crise avait déjà entraîné des pénalités pour non-respect des délais, des surestaries et un renchérissement des coûts logistiques.
Alors que l’échéance du 16 février approche, acteurs publics et privés s’accordent sur la nécessité d’un règlement rapide et concerté pour éviter une paralysie des opérations portuaires qui pourraient affecter tout le commerce extérieur du Cameroun et fragiliser davantage une économie déjà sous pression.
Anatole Bidias



