Dans la capitale économique Douala, les regards sont tournés vers l’assemblée générale extraordinaire prévue le 10 avril prochain. Les actionnaires de First Trust Savings and Loan devront se prononcer sur le retrait d’Emerging Capital Partners (ECP), un acteur majeur du capital-investissement en Afrique. Cette décision marque une étape clé dans l’évolution de cette institution de microfinance, devenue en quelques années un pilier du financement de proximité au Cameroun.
Fondé en 2000, ECP s’est imposé comme l’un des principaux fonds de private equity opérant sur le continent, avec plus de 2 milliards de dollars levés et plusieurs dizaines d’investissements réalisés dans des secteurs stratégiques. Son retrait de First Trust s’inscrit dans une logique classique de sortie après accompagnement, mais intervient dans un contexte sectoriel particulièrement sensible.
Avec un capital social estimé à près de 4,9 milliards de FCFA, First Trust figure parmi les institutions les plus visibles du segment des établissements de microfinance de deuxième catégorie. L’établissement s’est hissé au premier rang en matière de distribution de crédits dans cette catégorie, captant plus de 10 % des volumes, ce qui témoigne de son rôle central dans le financement des petites activités économiques.
Ce mouvement intervient alors que le secteur de la microfinance camerounaise connaît une phase de recomposition. En 2024, les établissements de microfinance ont injecté environ 659,4 milliards de FCFA de crédits dans l’économie, confirmant leur rôle déterminant dans l’inclusion financière et le soutien aux PME. Toutefois, le nombre d’acteurs tend à se réduire, signe d’un durcissement de la régulation et d’une volonté d’assainissement du marché.
Dans ce contexte, le désengagement d’un investisseur institutionnel de premier plan ne peut être interprété comme un simple arbitrage financier. Il pose la question de la nouvelle gouvernance de First Trust, de l’identité des futurs actionnaires et de leur capacité à accompagner une institution engagée dans une dynamique de croissance et de modernisation.
Pour les analystes, cette opération illustre surtout l’entrée du secteur dans une nouvelle ère. Longtemps fragmentée, parfois fragile, la microfinance camerounaise se structure progressivement autour d’acteurs plus solides, mieux capitalisés et davantage intégrés aux circuits financiers formels. Cette mutation s’accompagne d’exigences accrues en matière de transparence, de performance et de gestion des risques.
Ainsi, au-delà du cas First Trust, c’est toute une industrie qui évolue. Entre consolidation, montée en puissance des leaders et redéfinition des équilibres, la microfinance s’impose désormais comme un levier stratégique du financement de l’économie camerounaise. Le vote du 10 avril pourrait bien en être un signal fort, annonciateur d’une nouvelle phase de maturité.



