Le 25 mars 2026 marque un tournant dans l’histoire du groupe Kadji. Ce jour-là, le conglomérat camerounais a officiellement mis en service une unité industrielle de production de boissons à Aba, dans l’État d’Abia, au sud-est du Nigeria. Porté par un investissement initial de 35 millions de dollars, soit environ 21 milliards FCFA, ce projet industriel s’inscrit dans une stratégie offensive visant à s’imposer sur le segment très concurrentiel des boissons gazeuses.
À travers sa filiale Ultimum Limited, le groupe déploie une première ligne de production dédiée aux boissons en format PET, notamment pour ses marques Razzl et KIQ. Cette implantation industrielle, réalisée en moins d’un an, pourrait à terme mobiliser jusqu’à 100 millions de dollars d’investissements, selon les autorités locales. Elle traduit la volonté affirmée du groupe de renforcer sa présence sur un marché de plus de 220 millions de consommateurs.
Le choix du Nigeria ne relève pas du hasard. Première puissance économique du continent et partenaire commercial majeur du Cameroun en Afrique, le pays offre des perspectives de croissance considérables. Selon les données de Statista, le marché nigérian des boissons gazeuses génère près de 33 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, ce qui en fait le quatrième marché mondial derrière les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni. Un potentiel qui attire de nombreux acteurs, dans un environnement dominé par Nigerian Bottling Company (Coca-Cola) et Seven-Up Bottling Company (Pepsi), qui concentrent environ 70 % des parts de marché.
Dans ce contexte, l’arrivée du groupe Kadji introduit un nouvel acteur africain ambitieux, fort de son expérience acquise au Cameroun face à une concurrence structurée. Le groupe, fondé en 1972 autour de l’Union Camerounaise de Brasseries, s’est progressivement imposé comme un challenger crédible sur son marché domestique, malgré la domination historique du groupe Castel.
L’implantation à Aba répond également à une logique industrielle et logistique. Véritable hub économique, la ville bénéficie d’un tissu industriel dense et d’un positionnement stratégique facilitant l’accès aux marchés régionaux. Le célèbre Ariaria International Market, avec ses dizaines de milliers de points de vente, constitue un levier commercial majeur pour la distribution des produits. Par ailleurs, les efforts des autorités de l’État d’Abia pour améliorer l’environnement des affaires, notamment en matière d’infrastructures et d’énergie, ont contribué à sécuriser cet investissement.
Au-delà des enjeux économiques, le projet porte une dimension sociale significative. L’usine devrait générer plusieurs centaines d’emplois directs et indirects, dans un bassin de population estimé à plus de 30 millions d’habitants. Elle s’inscrit également dans une dynamique d’intégration régionale, soutenue par la mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui favorise les échanges intra-africains.
En s’implantant au Nigeria, le groupe Kadji ne se contente pas d’élargir son empreinte industrielle. Il affirme une ambition plus large : celle de contribuer à l’émergence d’acteurs africains capables de rivaliser sur les marchés internationaux, tout en consolidant les liens économiques entre pays du continent.
Raphael Mforlem



