Dans les couloirs de son siège à Yaoundé, Camtel accélère sa transformation pour s’adapter aux nouvelles exigences du secteur numérique. L’appel d’offres portant sur 2,3 millions de cartes SIM 5G traduit une volonté claire de repositionnement sur un marché dominé par des opérateurs privés plus agressifs.
Longtemps centré sur le fixe et la fibre optique, l’opérateur historique, créé en 1998, tente aujourd’hui de combler son retard sur le mobile, segment clé de la croissance des télécoms. Avec seulement 6,7 % de parts de marché, l’entreprise reste loin derrière des concurrents comme MTN et Orange, qui captent l’essentiel des abonnés et des revenus du secteur.
Cette initiative intervient dans un contexte de forte progression de la demande en connectivité. Selon les données sectorielles, le Cameroun compte plusieurs millions d’abonnés mobiles et un taux de pénétration en constante augmentation, porté par l’essor des services numériques et de l’internet mobile. Dans ce paysage, la 5G apparaît comme un levier stratégique pour améliorer la qualité de service, offrir des débits plus élevés et accompagner la digitalisation de l’économie.
L’acquisition de ces cartes SIM nouvelle génération devrait permettre à Camtel de préparer le terrain pour le déploiement de services à haute valeur ajoutée, notamment dans les domaines du cloud, de l’e-administration et des contenus numériques. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large d’investissements. En janvier 2026, l’entreprise annonçait déjà la mobilisation de près de 80,3 millions de dollars (environ 48 milliards FCFA) pour étendre son réseau mobile et améliorer la couverture nationale.
Au-delà de la technologie, l’enjeu est également commercial. En renforçant son offre mobile, Camtel ambitionne de reconquérir des parts de marché et de mieux valoriser son infrastructure de fibre optique, dont elle détient le monopole au niveau national. Cette stratégie pourrait lui permettre de proposer des offres convergentes combinant internet fixe et mobile, un segment en forte croissance.
Cependant, le défi reste de taille. La concurrence, déjà bien implantée, bénéficie d’une base d’abonnés solide et d’une avance technologique significative. Pour s’imposer, Camtel devra non seulement investir dans les équipements, mais aussi améliorer l’expérience client et la qualité de service, souvent pointées du doigt par les usagers.
Avec cet appel d’offres, l’opérateur public envoie un signal fort : celui d’une entreprise déterminée à jouer un rôle de premier plan dans la transition numérique du Cameroun. Reste à savoir si cette offensive technologique suffira à inverser les rapports de force sur un marché en pleine mutation.



