Le dispositif d’approvisionnement en produits pétroliers au Cameroun vient de connaître un ajustement radical. Selon une instruction officielle datée du 12 mars 2026, la Société nationale de raffinage (SONARA) est tenue de ne plus réceptionner les cargaisons provenant de sept importateurs, tant que leurs obligations financières et administratives ne seront pas régularisées. Parmi les sociétés concernées figurent des noms emblématiques du secteur aval, tels que Neptune Oil, Bocom Petroleum ou encore Gulfcam. Cette suspension équivaut à un verrouillage du principal point d’entrée des carburants pour ces opérateurs, mettant en lumière la rigueur désormais appliquée par les autorités.
Le différend financier repose sur le mécanisme de compensation utilisé dans le secteur depuis plusieurs années. Les importateurs déclarent le coût réel de leurs cargaisons, incluant achat, transport et frais annexes. Lorsque ce coût dépasse le prix réglementé, l’État intervient pour compenser la différence. À l’inverse, les marges excédentaires doivent être reversées au Trésor public. Selon des sources proches du dossier, plusieurs des importateurs suspendus n’auraient pas validé les écarts ou reversé les montants dus, générant ainsi un solde créditeur en faveur de l’État.
Un autre point sensible concerne la contribution destinée à soutenir la raffinerie nationale. Depuis l’incendie de 2019 qui a paralysé la SONARA, un prélèvement spécifique est appliqué sur chaque litre de carburant vendu. Ce mécanisme a permis de mobiliser plusieurs centaines de milliards de FCFA afin de réduire l’endettement de l’entreprise publique. Cependant, certaines sociétés importatrices sont accusées de ne pas avoir entièrement reversé les montants collectés auprès des consommateurs, compliquant le processus de redressement financier de la raffinerie.
La suspension de ces opérateurs envoie un signal fort : la discipline financière devient une exigence incontournable dans un marché où l’État intervient massivement pour réguler les prix et garantir l’approvisionnement. Au-delà de la sanction immédiate, cette mesure pourrait remodeler les rapports de force entre acteurs du secteur et inciter les entreprises à renforcer la transparence de leurs opérations. Les observateurs estiment que la décision pourrait également accélérer l’optimisation des mécanismes de suivi et de contrôle des compensations, qui sont essentiels pour la stabilité du marché.
Malgré la clarté de la mesure, plusieurs zones d’ombre persistent. Les montants exacts réclamés aux sociétés n’ont pas été rendus publics, et l’état d’avancement des négociations éventuelles pour régulariser la situation reste inconnu. Dans un marché aussi stratégique que celui des carburants, la réactivité des importateurs à se conformer aux exigences déterminera la fluidité de l’approvisionnement national dans les semaines à venir. La population et les professionnels surveillent de près l’évolution de ce dossier, conscientes de son impact potentiel sur les prix et la disponibilité des produits pétroliers.



