Vue aérienne du barrage hydroélectrique de Natchigal
(LVDE) — Pour sécuriser le financement du barrage hydroélectrique de Nachtigal et éviter l’activation d’une contre-garantie internationale, le ministère des Finances du Cameroun et ses partenaires financiers accélèrent les discussions autour d’une opération coordonnée de mobilisation de 56 milliards FCFA. SCB Cameroun et Financia Capital devraient jouer un rôle central dans ce mécanisme complexe destiné à reconstituer la lettre de crédit standby (SBLC) épuisée à hauteur de 55 milliards FCFA.
Le projet hydroélectrique de Nachtigal, pilier de la stratégie énergétique du Cameroun, se retrouve au cœur d’une course contre la montre. Selon des sources proches du dossier, le ministère des Finances, en concertation avec SCB Cameroun et Financia Capital, prépare une « opération coordonnée de financement » pour réapprovisionner la SBLC libellée en euros, d’un montant de 86 millions, soit un peu plus de 56 milliards FCFA. Cette garantie, initialement mise en place pour sécuriser les obligations de paiement de l’État envers NHPC, a déjà été consommée à hauteur de 55 milliards FCFA en raison des retards d’Éneo, acheteur de l’électricité produite par le barrage.
Les discussions techniques autour de l’opération se poursuivent et devraient se finaliser dans les prochains jours. Selon une source proche du dossier, le processus est actuellement en phase juridique, avec la préparation des documents de couverture. Compte tenu de l’importance du financement, le montage envisagé serait syndiqué, associant plusieurs institutions, et pourrait intégrer la maison mère de SCB, Attijariwafa Bank. Cette structuration doit encore être validée par l’ensemble des parties prenantes.
L’urgence de l’opération s’explique par le risque d’activation de la contre-garantie accordée par la Banque mondiale au profit de Société Générale Paris. Une telle activation pourrait non seulement suspendre certains financements internationaux au Cameroun, mais également affecter la crédibilité du pays auprès de ses bailleurs. Les autorités camerounaises s’efforcent donc de sécuriser le mécanisme avant avril pour éviter tout scénario défavorable.
Les arriérés cumulés de l’État envers NHPC dépasseraient aujourd’hui 70 milliards FCFA, soulignant l’importance d’une intervention rapide. Cette initiative fait suite aux assises tenues à Paris le 27 janvier 2026, qui ont réuni actionnaires et bailleurs du projet. Ces rencontres ont insisté sur la nécessité de reconstituer la SBLC domiciliée auprès de Société Générale Paris et sur la mise en place d’un fonds revolving de 100 milliards FCFA pour garantir la continuité du projet.
Derrière la complexité technique de l’opération, l’enjeu majeur reste la crédibilité souveraine. La capacité du Cameroun à reconstituer ce filet de sécurité conditionne la stabilité financière du projet Nachtigal et la confiance de ses partenaires internationaux. À court terme, l’attention se portera sur la rapidité et l’efficacité avec lesquelles SCB, Financia Capital et le ministère des Finances sécuriseront l’opération et éviteront la mise en jeu de la contre-garantie.
La réussite de ce montage financier sera déterminante pour le maintien de la continuité énergétique nationale et pour la réputation du Cameroun sur les marchés internationaux, tout en assurant le fonctionnement pérenne de la centrale hydroélectrique qui constitue un levier stratégique pour l’approvisionnement électrique du pays.
Anatole Bidias



