Harouna Bako, Directeur Général de la Société Nationale de Raffinage (SONARA).
(LVDE) — La Société nationale de raffinage (Sonara) relance son programme d’assurances pour la période 2026-2029 et met en concurrence les compagnies d’assurances de droit camerounais. À travers plusieurs appels d’offres estimés à 6,5 milliards de FCFA, l’entreprise publique cherche à sécuriser ses installations industrielles, ses opérations logistiques et son personnel, dans un contexte de reconstruction et de modernisation de l’unique raffinerie du pays.
Au Cameroun, la relance progressive des activités de la Société nationale de raffinage s’accompagne d’un vaste dispositif de gestion des risques. Le 4 mars 2026, la direction générale de l’entreprise a publié plusieurs appels d’offres relatifs à la mise en place de son programme d’assurances pour les prochaines années. D’un montant global estimé à 6,5 milliards de FCFA, ce marché est financé sur le budget de fonctionnement de la société et vise à sélectionner une ou plusieurs compagnies d’assurances camerounaises capables de couvrir les risques liés aux activités industrielles et opérationnelles de la raffinerie.
Implantée à Limbé, dans la région du Sud-Ouest, la Sonara demeure la seule raffinerie de pétrole du Cameroun et occupe une place stratégique dans l’approvisionnement national en produits pétroliers. Dans ce contexte, la sécurisation de ses infrastructures et de ses opérations constitue un enjeu majeur. Le programme d’assurances lancé par l’entreprise est structuré autour de plusieurs segments destinés à couvrir l’ensemble des risques auxquels l’outil industriel est exposé.
La composante la plus importante concerne l’assurance du patrimoine industriel, évaluée à environ 5,1 milliards de FCFA. Cette garantie vise les installations de raffinage, les équipements techniques ainsi que les infrastructures essentielles au fonctionnement du site. Elle doit permettre de protéger les actifs stratégiques de la raffinerie contre d’éventuels sinistres susceptibles de perturber la production.
Le programme prévoit également une couverture pour la responsabilité civile et la santé du personnel, pour un montant estimé à 742,5 millions de FCFA. À cela s’ajoute l’assurance automobile de la flotte de l’entreprise, évaluée à près de 248 millions de FCFA, ainsi qu’une assurance dédiée au transport des produits pétroliers, incluant les opérations maritimes et aériennes, pour une enveloppe d’environ 386 millions de FCFA.
Une innovation importante de ce nouveau dispositif concerne la prise en compte des risques liés aux chantiers de réhabilitation et de modernisation de la raffinerie. Les travaux envisagés portent notamment sur l’extension des capacités de stockage, la modernisation des systèmes d’instrumentation, l’installation de nouveaux équipements industriels ainsi que divers travaux de génie civil, électrique et mécanique. La construction de centrales énergétiques destinées à renforcer l’autonomie du site figure également parmi les projets concernés.
En réservant cet appel d’offres aux compagnies d’assurances de droit camerounais, la Sonara entend encourager le développement de l’expertise locale dans la couverture des risques industriels majeurs. Cette orientation implique toutefois des exigences élevées pour les soumissionnaires, notamment en matière de solidité financière et de capacités de réassurance. Selon les documents de consultation, les traités de réassurance requis varient entre 20 et 200 milliards de FCFA selon la nature des risques à couvrir.
Cette prudence trouve son origine dans l’incendie survenu en mai 2019, qui avait gravement endommagé quatre des treize unités de production de la raffinerie et entraîné l’arrêt prolongé de l’outil industriel. Le sinistre avait également donné lieu à de longues discussions entre l’entreprise et ses assureurs concernant les mécanismes d’indemnisation.
Aujourd’hui, la Sonara prépare activement la relance de ses capacités de raffinage. L’entreprise ambitionne de redémarrer progressivement ses activités à partir de 2027 avec une production estimée à 3,5 millions de tonnes par an. Ce redéploiement s’inscrit dans le cadre du Plan d’accélération des mesures de restructuration et de réhabilitation de la Sonara, doté d’un budget global d’environ 300 milliards de FCFA. Ce programme prévoit la reconstruction des unités endommagées entre 2026 et 2027, avant une modernisation plus large des installations et la construction de nouvelles unités industrielles, dont un hydrocraqueur, à l’horizon 2030.
À plus long terme, les autorités camerounaises envisagent même de doubler la capacité nationale de raffinage d’ici 2035 afin de renforcer la sécurité énergétique du pays et de réduire la dépendance aux importations de produits pétroliers raffinés.
Amelie Yandal



