Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la Beac
(LVDE) — La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) envisage d’adhérer prochainement au Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS). Cette initiative vise à moderniser les infrastructures de paiement en Afrique centrale, réduire les coûts des transactions transfrontalières et soutenir le commerce intra-africain dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
L’intégration financière du continent africain pourrait franchir une nouvelle étape avec l’adhésion prochaine de la Banque des États de l’Afrique centrale au Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS). L’annonce a été faite par le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, lors d’une réunion de haut niveau du réseau des banques centrales d’Afrique subsaharienne organisée à Kigali sous l’égide du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque nationale du Rwanda.
Pour l’institution monétaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), rejoindre ce mécanisme continental constitue un levier stratégique pour fluidifier les paiements transfrontaliers et faciliter les échanges commerciaux entre pays africains. Le PAPSS, lancé par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) en partenariat avec l’Union africaine et le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine, permet d’effectuer des transactions financières instantanées entre institutions africaines sans passer par les devises internationales telles que le dollar ou l’euro.
L’objectif principal du dispositif est de réduire considérablement les coûts et les délais liés aux paiements internationaux. Selon plusieurs études d’Afreximbank, près de 80 % des paiements intra-africains transitent encore par des banques correspondantes situées hors du continent, notamment en Europe ou en Amérique du Nord. Cette dépendance entraîne des frais élevés et des délais de règlement pouvant atteindre plusieurs jours.
En intégrant le PAPSS, la BEAC espère faciliter les règlements en monnaies locales entre les pays membres de la CEMAC et les autres économies africaines. Une telle évolution pourrait contribuer à préserver les réserves de change de la région et renforcer l’autonomie financière du bloc. L’Afrique centrale, qui regroupe six pays — le Cameroun, le Gabon, le Congo, le Tchad, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale — cherche en effet à accélérer son intégration économique dans un contexte marqué par la montée des échanges commerciaux africains.
Le gouverneur de la BEAC a également souligné les avancées déjà réalisées dans la région en matière de modernisation des systèmes de paiement. Il a notamment cité la plateforme GIMAC Pay, qui permet l’interconnexion entre les banques, les institutions de microfinance et les opérateurs de mobile money de la zone CEMAC. Cette infrastructure contribue progressivement à améliorer l’interopérabilité des transactions numériques dans la sous-région.
Cependant, Yvon Sana Bangui a exprimé des réserves face à la multiplication des taxes appliquées aux transactions de mobile money dans plusieurs pays africains. Selon lui, cette pratique constitue une forme de « régulation parallèle » susceptible de ralentir l’adoption des paiements numériques et de freiner l’inclusion financière. Dans plusieurs économies du continent, les services de mobile money jouent pourtant un rôle déterminant dans l’accès aux services financiers pour les populations non bancarisées.
À l’inverse, le gouverneur de la BEAC plaide pour une approche différente consistant à taxer davantage les transactions en espèces afin d’encourager l’usage des solutions numériques. Une telle orientation permettrait, selon lui, de renforcer la traçabilité des flux financiers, de réduire les risques de fraude et de favoriser la transparence dans les échanges économiques.
Aujourd’hui, le continent africain ne représente qu’environ 15 % du commerce intra-régional, un niveau nettement inférieur à celui observé en Europe ou en Asie. L’opérationnalisation de la ZLECAf et le déploiement d’outils financiers comme le PAPSS sont perçus comme des instruments essentiels pour stimuler les échanges entre pays africains.
En assurant actuellement la présidence de l’Association des banques centrales africaines, la BEAC entend jouer un rôle actif dans cette transformation du paysage financier continental. L’adhésion au système panafricain de paiement pourrait ainsi marquer une étape déterminante pour l’intégration économique de l’Afrique centrale et pour la modernisation de ses infrastructures financières.
Tressy Chouente



