(LVDE) — Le transport maritime domestique reprend vie au Cameroun. Le 6 mars 2026, la société Gulfcam SAS a annoncé depuis Douala la relance d’une ligne de cabotage sous la bannière historique de la Cameroon Shipping Lines (Camship). Cette initiative vise à désobstruer les axes routiers reliant Kribi et Douala, tout en améliorant l’efficacité logistique entre les deux principaux ports du pays.
Face à la saturation progressive des corridors routiers reliant les ports de Douala et de Kribi, le Cameroun tente de réactiver une solution longtemps mise en veille : le transport maritime domestique. Le 6 mars 2026, l’entreprise Gulfcam SAS a officiellement annoncé la reprise d’activités d’armement maritime sous la marque historique de la Cameroon Shipping Lines (Camship), une compagnie publique créée en 1974 et disparue au début des années 2000. L’objectif affiché est de proposer une alternative logistique au transport routier, aujourd’hui largement dominant dans les flux de marchandises entre les deux plateformes portuaires.
Depuis l’entrée en service du port en eau profonde de Kribi, inauguré en 2018 et progressivement étendu, la circulation des conteneurs repose encore majoritairement sur les routes nationales. Selon les estimations des opérateurs portuaires, plus de 60 % des conteneurs transitant par Kribi rejoignent Douala ou les zones industrielles par les nationales 3 et 7. Cette situation entraîne une forte pression sur les infrastructures routières, provoquant une dégradation accélérée des chaussées, une hausse des risques d’accidents et des délais logistiques parfois imprévisibles pour les opérateurs économiques.
Pour répondre à ce défi, Gulfcam SAS mise sur la mise en place d’une liaison maritime régulière entre les deux ports. L’exploitation de cette ligne repose sur l’Atlantic Runner II, un navire de 180 mètres équipé de quatre grues et capable de transporter jusqu’à 1 100 EVP (équivalents vingt pieds). Grâce à une vitesse moyenne de 18 nœuds, la traversée entre Kribi et Douala pourrait être réalisée en environ cinq heures, offrant ainsi une alternative rapide et sécurisée au transport routier.
Au-delà du simple transport de conteneurs, la stratégie de Gulfcam vise également à repositionner Kribi comme plateforme de transbordement pour l’Afrique centrale. L’entreprise prévoit de développer deux types de services : un cabotage domestique destiné aux industries locales et un service de redistribution régionale vers des ports voisins tels que Malabo ou Libreville. Cette configuration permettrait aux exportateurs installés dans la région du Littoral de bénéficier des capacités d’accueil des grands navires opérant à Kribi, dont le tirant d’eau est nettement supérieur à celui du port de Douala.
Les projections avancées par l’opérateur tablent sur une rotation d’environ dix jours par cycle et sur la possibilité de capter à terme près de 50 % du trafic routier actuel entre les deux villes portuaires. Une telle évolution pourrait contribuer à réduire les coûts logistiques, améliorer la fluidité des échanges et renforcer la compétitivité des entreprises locales.
La relance de cette activité maritime s’accompagne également d’une volonté de reconstituer un savoir-faire national dans les métiers de la mer. Gulfcam SAS a annoncé l’embarquement de jeunes cadets camerounais à bord du navire, dans le but de former une nouvelle génération de marins et de techniciens du transport maritime. Pour Jean Perrial Nyodog, président de Gulfcam SAS, cette démarche s’inscrit dans une stratégie de « camerounisation » progressive des compétences maritimes, afin de redonner au pays une expertise qu’il possédait autrefois avec la Camship.
Le succès de cette initiative dépendra toutefois de l’efficacité des procédures douanières et portuaires. L’intégration du système CAMES pour le traitement des marchandises déjà dédouanées est présentée comme une étape clé pour assurer la fluidité des opérations. À terme, Gulfcam envisage de constituer une flotte de six navires dédiés au cabotage régional. Si cette ambition se concrétise, le Cameroun pourrait renforcer son autonomie logistique et réduire sa dépendance au transport routier pour les flux portuaires.
Anatole Bidias



