Jean Perrial Nyodog, président de Gulfcam
(LVDE) — Face à la saturation des axes routiers reliant Douala et Kribi, l’entreprise camerounaise Gulfcam entend renforcer le transport maritime domestique. La société prévoit l’acquisition progressive de six navires afin d’acheminer une part importante des conteneurs aujourd’hui transportés par route entre les deux villes portuaires, avec l’ambition de capter à terme près de la moitié du flux logistique.
La relance du transport maritime domestique au Cameroun prend une nouvelle dimension. Le 6 mars 2026 à Douala, Jean Perrial Nyodog, président de Gulfcam, a dévoilé la stratégie de développement de son entreprise dans le domaine du cabotage maritime. L’opérateur prévoit l’acquisition de six navires afin de consolider une liaison régulière entre les ports de Kribi et de Douala, deux infrastructures essentielles pour le commerce extérieur du pays.
Aujourd’hui, la majorité des marchandises conteneurisées transitant entre ces deux villes emprunte encore la route. Selon les estimations des acteurs logistiques, plus de 60 % des conteneurs sont transportés par les axes routiers reliant Kribi à Douala. Cette situation exerce une forte pression sur les infrastructures, dont certaines sections présentent un état de dégradation avancé, entraînant une augmentation des délais de livraison, des risques d’accidents et des coûts de maintenance pour l’État.
Dans ce contexte, Gulfcam souhaite repositionner le transport maritime comme alternative logistique crédible. Le cabotage permettrait notamment de contourner les contraintes liées à l’accès au port de Douala, dont le tirant d’eau limité ne permet pas l’accueil de certains navires de grande capacité. Ces derniers pourraient ainsi décharger leurs conteneurs au port en eau profonde de Kribi avant leur redistribution vers Douala à bord d’unités maritimes plus adaptées.
Pour relancer ce service, interrompu entre 2020 et 2022 en raison de la crise sanitaire mondiale liée au Covid-19, l’entreprise a déjà affrété un premier navire. Baptisé Atlantic Runner II, ce cargo de 180 mètres de long dispose d’une capacité de 1 100 EVP (équivalents vingt pieds). Équipé de quatre grues embarquées et manœuvré par un équipage de 25 personnes, il peut atteindre une vitesse de 18 nœuds. Arrivé au port de Kribi le 27 février 2026, le navire doit assurer les premières rotations commerciales dès le mois de mars.
Le modèle d’exploitation repose sur deux types de services. Le premier concerne le transport domestique de conteneurs dédouanés à Kribi ainsi que des produits issus des industries locales, destinés aux marchés de Douala et de la sous-région. Le second service porte sur le transbordement de conteneurs via le port de Kribi, avec l’objectif de redistribuer les cargaisons vers différents marchés régionaux et internationaux.
Selon les projections de Gulfcam, chaque rotation aller-retour devrait s’effectuer sur un cycle d’environ dix jours, avec une fréquence minimale de trois escales par mois. À terme, le volume ciblé pourrait atteindre près de 2 000 EVP par voyage, en incluant les conteneurs pleins et vides. L’ambition de l’entreprise est de capter environ 50 % du trafic actuellement acheminé par route entre Douala et Kribi.
Au-delà de la performance logistique, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de développement du transport maritime national. Née en 2021 de la fusion entre Gulfin, opérateur pétrolier, et Camship-CLGG, ancienne structure de cabotage, Gulfcam cherche à renforcer la présence d’acteurs camerounais dans un secteur longtemps dominé par des compagnies étrangères.
En misant sur une flotte élargie et sur la montée en puissance du port en eau profonde de Kribi, l’entreprise espère contribuer à la réduction des coûts logistiques, à l’amélioration de la sécurité du transport des marchandises et à la création de nouveaux emplois dans la filière maritime. Une dynamique qui pourrait également soutenir les recettes fiscales de l’État, tout en consolidant la place du Cameroun comme hub logistique en Afrique centrale.
Amelie Yandal



