(LVDE) — Un nouveau projet ferroviaire stratégique pourrait voir le jour au Cameroun pour renforcer la desserte logistique du port en eau profonde de Kribi. Le consortium formé par Africa Global Logistics (AGL) et la société minière Camalco a approché les autorités camerounaises afin de proposer la construction d’une ligne ferroviaire de 144 kilomètres reliant Edéa à Kribi et Lolabé. L’initiative, qui s’inscrit dans la dynamique d’optimisation des infrastructures de transport, reste toutefois en attente d’une réponse officielle du gouvernement.
La perspective d’une nouvelle ligne ferroviaire reliant Edéa au port en eau profonde de Kribi suscite l’intérêt croissant des acteurs du secteur logistique et minier. Selon plusieurs sources proches du dossier, le consortium composé d’Africa Global Logistics (AGL), acteur majeur de la logistique portuaire en Afrique, et de Camalco, filiale locale du groupe australien Canyon Resources spécialisée dans l’exploitation de la bauxite, a officiellement manifesté son intérêt pour la construction de cette infrastructure stratégique.
Long d’environ 144 kilomètres, le projet vise à relier la ville industrielle d’Edéa aux installations portuaires de Kribi, avec une extension jusqu’à la zone de Lolabé. L’objectif est de renforcer la connectivité entre les grands corridors logistiques du pays et le port en eau profonde, qui s’impose progressivement comme une plateforme maritime de référence en Afrique centrale. Selon les promoteurs du projet, cette nouvelle ligne ferroviaire permettrait de fluidifier le transport des marchandises, notamment les produits miniers et industriels destinés à l’exportation.
Les initiateurs du projet ont ainsi sollicité la signature d’un mémorandum d’entente avec l’État camerounais afin de définir le cadre de coopération pour la réalisation de cette infrastructure. Cette étape constituerait un préalable aux études techniques et financières nécessaires à la concrétisation du projet. Toutefois, plusieurs mois après cette démarche, la réponse des autorités publiques se fait toujours attendre, alors que les besoins en infrastructures de transport ne cessent de croître.
La réalisation de cette ligne ferroviaire s’inscrirait dans un contexte de transformation progressive du paysage logistique national. Depuis sa mise en service en 2018, le port de Kribi a connu une montée en puissance rapide de ses activités. En 2025, le terminal à conteneurs du port a enregistré plus de 555 000 EVP, soit une progression significative par rapport aux années précédentes. Par ailleurs, le trafic global de marchandises a dépassé plusieurs millions de tonnes, confirmant le rôle stratégique de cette plateforme dans le commerce maritime régional.
Dans ce contexte, l’amélioration des infrastructures de desserte apparaît comme un enjeu majeur pour accompagner cette croissance. Aujourd’hui, une grande partie des flux de marchandises transitant par Kribi est acheminée par voie routière, notamment via les axes Kribi-Edéa et Kribi-Yaoundé. Cette dépendance au transport terrestre entraîne des contraintes logistiques importantes, allant de la congestion routière à l’augmentation des coûts de transport.
Le projet ferroviaire Edéa-Kribi-Lolabé pourrait ainsi contribuer à diversifier les modes de transport et à améliorer l’efficacité de la chaîne logistique nationale. Pour Camalco, cette infrastructure revêt également un intérêt stratégique dans la perspective de l’exploitation du gisement de bauxite de Minim-Martap, l’un des plus importants d’Afrique avec des réserves estimées à plus d’un milliard de tonnes selon Canyon Resources. Le transport ferroviaire constituerait alors un maillon essentiel pour acheminer le minerai vers les installations portuaires destinées à l’exportation.
De son côté, Africa Global Logistics, déjà impliqué dans la gestion de plusieurs infrastructures portuaires et logistiques sur le continent, pourrait apporter son expertise dans la structuration et l’exploitation de cette future ligne ferroviaire. L’entreprise, présente dans plus de 40 pays africains, joue un rôle clé dans le développement des corridors logistiques reliant ports, zones industrielles et marchés régionaux.
Si le projet venait à être validé, la ligne Edéa-Kribi-Lolabé pourrait renforcer la compétitivité logistique du Cameroun et consolider la position du port de Kribi comme hub maritime pour l’Afrique centrale. Elle contribuerait également à soutenir le développement des filières minières et industrielles, tout en facilitant l’intégration économique du pays dans les échanges internationaux.
Pour l’heure, l’avenir de cette initiative dépend de la décision des autorités camerounaises, qui devront évaluer les implications économiques, financières et stratégiques d’un tel investissement dans le réseau ferroviaire national.
Raphael Mforlem



