Prof. James Mouangue Kobila, Président de la Cdhc
(LVDE) — À l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme 2026, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun a publié une déclaration dans laquelle elle alerte sur la persistance des violences basées sur le genre et les difficultés d’accès à une justice rapide pour les victimes. L’institution salue certaines avancées enregistrées au Cameroun en matière de promotion de l’égalité entre les sexes, tout en appelant les autorités à renforcer les mécanismes de protection des femmes et des filles, conformément au thème retenu par l’ONU pour la Journée internationale de la femme 2026 : « Pour toutes les femmes et les filles : Droits, justice et action ».
La célébration du 8 mars 2026 a été marquée au Cameroun par une prise de position de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun qui appelle à un engagement accru en faveur des droits des femmes. Dans une déclaration officielle rendue publique à l’occasion de la 41ᵉ édition de la Journée internationale de la femme, l’institution souligne que la banalisation ou le boycott de cette journée internationale contribuerait à réduire la visibilité des luttes contre les discriminations et les inégalités persistantes entre les sexes.
Selon la Commission, la célébration du 8 mars constitue un moment stratégique pour rappeler les défis qui subsistent en matière d’égalité, notamment les violences basées sur le genre, les discriminations sociales ou encore les obstacles à l’accès équitable aux ressources économiques et aux responsabilités publiques. Elle estime que l’absence d’actions concrètes dans ce domaine pourrait ralentir le progrès social, économique et démocratique des sociétés.
Dans son analyse, la Commission rappelle que la protection des droits des femmes s’inscrit dans le cadre constitutionnel du Cameroun. Le préambule de la Constitution du 18 janvier 1996 affirme en effet que tous les citoyens disposent de droits inaliénables sans distinction de sexe et que la Nation protège la femme, consacrant ainsi le principe d’égalité entre hommes et femmes.
Au plan continental, l’instance fait également référence à la jurisprudence de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, notamment l’arrêt rendu le 11 mai 2018 dans l’affaire opposant l’Association pour le progrès et la défense des droits des femmes maliennes à la République du Mali. Cette décision a contribué à renforcer la protection juridique des femmes en Afrique en matière de mariage, de succession et de lutte contre les pratiques traditionnelles préjudiciables.
La Commission relève par ailleurs certaines avancées institutionnelles observées au Cameroun. Elle cite notamment la nomination, en novembre 2025, de la magistrate Marie Claire Dieudonné Nseng Elang au poste de procureur général près la Cour suprême, une première pour une femme dans l’histoire judiciaire du pays. Elle salue également la signature récente d’un accord de coopération entre le ministère de l’Enseignement supérieur et le ministère de la Promotion de la femme et de la famille, visant à renforcer les capacités des femmes et à intensifier la lutte contre les violences à travers l’enseignement et la recherche.
Malgré ces progrès, la Commission demeure préoccupée par la sous-représentation des femmes dans les instances de décision. Les statistiques montrent que les femmes ne représentent qu’environ 16 % des membres du gouvernement, 26 % des sénateurs, près de 24 % des conseillers municipaux et un peu moins de 23 % des conseillers régionaux. Ces chiffres restent en deçà de l’objectif minimal de 30 % fixé par la politique nationale de genre et la Stratégie nationale de développement 2020-2030.
L’institution exprime également une vive inquiétude face à la persistance des violences basées sur le genre, notamment les féminicides et les violences domestiques. Elle déplore la lenteur des procédures judiciaires ainsi que la pratique fréquente des règlements à l’amiable, qui contribuent parfois à l’impunité. À cet égard, la Commission évoque le cas tragique de deux jeunes élèves du lycée bilingue de Kribi, retrouvées mortes en février 2026 après avoir subi des violences, une affaire qui a profondément marqué l’opinion publique.
Face à ces défis, la CDHC recommande aux pouvoirs publics d’introduire des quotas d’au moins 30 % de femmes dans les nominations au sein de l’administration et sur les listes électorales des prochaines consultations législatives et municipales. Elle invite également le ministère de la Justice à rendre l’assistance judiciaire gratuite pour les victimes de violences et à multiplier les audiences foraines dans les zones rurales afin de faciliter l’accès à la justice.
Enfin, la Commission appelle les ministères de l’Éducation de base et des Enseignements secondaires à intégrer davantage l’éducation aux droits humains dans les programmes scolaires, avec un accent particulier sur les droits des femmes et la prévention des violences basées sur le genre.
Raphael Mforlem



