Richard Evina Obam, Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC)
(LVDE) — Au Cameroun, la question des cautions versées par les abonnés des services publics revient au centre de l’actualité financière. Alors que l’État exige leur transfert vers la Caisse des dépôts et consignations (CDEC), plusieurs concessionnaires continuent de détenir d’importantes sommes appartenant aux consommateurs. Selon l’institution publique, près de 100 milliards FCFA restent encore immobilisés dans les comptes d’opérateurs des secteurs de l’électricité, des télécommunications et de l’habitat.
La réforme visant à sécuriser les cautions versées par les usagers des services publics entre progressivement dans sa phase opérationnelle. Au Cameroun, la Caisse des dépôts et consignations (CDEC) affirme attendre toujours près de 100 milliards FCFA détenus par plusieurs concessionnaires opérant dans les domaines de l’électricité, des télécommunications ou encore du logement.
La première avancée concrète est venue du secteur des télécoms. L’opérateur MTN Cameroon a récemment procédé au transfert d’une première enveloppe de 450 millions FCFA au profit de la CDEC. Cette somme correspond aux cautions versées par une partie de ses abonnés dans le cadre de l’utilisation de certains services. Ce paiement marque le début d’un processus plus large de reversement des dépôts de garantie collectés auprès des consommateurs par les opérateurs économiques.
Instituée par la loi de 2008 et effectivement opérationnelle depuis quelques années, la Caisse des dépôts et consignations a pour mission de sécuriser les fonds publics ou privés qui doivent être conservés par l’État pour le compte de tiers. Parmi ces ressources figurent notamment les cautions versées par les abonnés lors de la souscription à certains services, comme les branchements électriques, les abonnements téléphoniques ou encore l’accès à des logements publics.
Dans la pratique, ces montants ont longtemps été conservés directement par les entreprises concessionnaires. Or, la réglementation prévoit désormais leur transfert vers la CDEC afin d’améliorer la transparence financière et de garantir leur restitution aux usagers en cas de résiliation de contrat. Selon les estimations de l’institution, les dépôts de garantie encore détenus par les opérateurs pourraient atteindre environ 100 milliards de FCFA.
Les entreprises concernées opèrent principalement dans les secteurs stratégiques de l’économie. Il s’agit notamment du concessionnaire d’électricité Eneo, de l’opérateur public de télécommunications Camtel, mais également d’autres acteurs impliqués dans la fourniture de services essentiels. Ces montants proviennent des cautions exigées lors de l’installation des compteurs électriques, des abonnements internet ou de certaines prestations immobilières.
Pour les autorités publiques, le transfert de ces ressources représente un enjeu financier majeur. Placés auprès de la CDEC, ces fonds peuvent être mobilisés pour soutenir des investissements structurants tout en restant disponibles pour les bénéficiaires légitimes. Dans plusieurs pays, les caisses de dépôts jouent un rôle central dans le financement du développement à travers la gestion sécurisée de l’épargne institutionnelle.
Au Cameroun, la CDEC ambitionne justement de devenir un levier de financement pour l’économie nationale. L’institution entend mobiliser les ressources consignées afin de soutenir des projets d’infrastructures, de logement ou d’aménagement du territoire. Dans ce contexte, la récupération progressive des cautions détenues par les concessionnaires constitue une étape stratégique.
Toutefois, la mise en œuvre de cette réforme nécessite des négociations avec les opérateurs concernés, certains d’entre eux devant procéder à des audits internes pour identifier avec précision les montants collectés auprès des abonnés. Les autorités espèrent néanmoins accélérer le processus dans les prochains mois afin de renforcer la gouvernance financière et la protection des consommateurs.
Tressy Chouente



