(LVDE) — Face au recul progressif des recettes pétrolières, la Guinée équatoriale engage une opération d’audit d’envergure visant 27 entreprises publiques. L’initiative, portée par les autorités de Malabo, ambitionne d’améliorer la gouvernance, d’assainir la gestion financière et de transformer ces structures longtemps déficitaires en moteurs de croissance économique.
À Malabo, les autorités équato-guinéennes ont enclenché une vaste opération d’audit destinée à passer au crible la gestion de plusieurs entreprises publiques jugées stratégiques pour l’économie nationale. L’annonce a été faite le 2 mars 2026 lors d’une réunion de travail présidée par le vice-président de la République, Teodoro Nguema Obiang Mangue. L’objectif affiché est clair : réorganiser ces structures afin qu’elles cessent de représenter une charge budgétaire pour l’État et deviennent de véritables sources de revenus.
Dans un premier temps, 27 sociétés détenues totalement ou partiellement par l’État seront soumises à des investigations menées par des cabinets spécialisés sélectionnés par le gouvernement. Pour financer cette opération, les autorités ont prévu une enveloppe estimée à près de 700 millions de FCFA. Les audits porteront notamment sur la situation financière des entreprises, la fiabilité de leurs comptes, la qualité de leur gouvernance ainsi que la pertinence de leurs stratégies commerciales.
Le programme concerne des secteurs jugés essentiels pour l’économie nationale. Dans l’énergie, les entreprises Gepetrol, Sonagas et Segesa feront l’objet d’analyses approfondies. Ces sociétés jouent un rôle central dans l’exploitation pétrolière, la gestion du gaz naturel et la production d’électricité. Les télécommunications figurent également parmi les domaines ciblés avec l’examen de la situation de Getesa, Gecotel, Ortel et Gitge, cette dernière étant responsable de la gestion des infrastructures numériques du pays.
Le transport aérien et les infrastructures aéroportuaires ne sont pas en reste. Les compagnies Ceiba Intercontinental et Ceiba Aeropuertos ainsi que l’Agence de gestion des aéroports de Guinée équatoriale (ADGE) figurent dans la liste des entités auditées. À ces entreprises s’ajoutent plusieurs institutions publiques et complexes hôteliers, dont Sofitel Sipopo et Djibloho, mais aussi GE-Proyectos, structure chargée du suivi des projets publics, ou encore Enpige, société spécialisée dans le développement immobilier.
Cette initiative intervient dans un contexte marqué par plusieurs irrégularités relevées ces dernières années. En janvier 2025, un rapport officiel signalait par exemple que l’opérateur télécom Getesa, malgré un capital social supérieur à 600 millions de FCFA, ne parvenait pas à justifier certains avoirs bancaires ni à présenter certains documents administratifs obligatoires. Quelques mois plus tard, un audit interne avait également révélé des anomalies dans la gestion de la compagnie d’électricité Segesa, notamment une augmentation controversée de la rémunération de son directeur général.
Au-delà de ces dysfonctionnements, l’audit répond à un défi économique plus large. La Guinée équatoriale demeure fortement dépendante des revenus pétroliers, qui représentent encore près de 80 % des recettes budgétaires du pays selon plusieurs estimations. Or, la baisse progressive de la production et la volatilité des prix du brut fragilisent les finances publiques.
Dans ce contexte, les autorités cherchent à renforcer la performance des entreprises publiques afin d’en faire des instruments de diversification économique. En améliorant leur transparence financière et leur efficacité opérationnelle, le gouvernement espère réduire les subventions étatiques tout en stimulant de nouveaux relais de croissance dans les secteurs non pétroliers.
L’issue de ces audits devrait permettre de dresser un diagnostic précis de la situation des entreprises concernées et d’identifier les réformes nécessaires. Pour Malabo, l’enjeu est désormais de transformer ces entités publiques en structures plus compétitives capables de contribuer durablement au développement économique du pays.
Sorelle Ninguem



