(LVDE) — Dans l’univers industriel camerounais, la consolidation du secteur cimentier se poursuit avec de nouveaux mouvements stratégiques. Le groupe Dangote Cement, propriété de l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote, s’appuie sur l’expertise technique du chinois Sinoma Engineering pour accélérer son expansion africaine, dans un marché où la demande en matériaux de construction demeure forte malgré une concurrence accrue.
Sur le continent africain, les investissements industriels dans le secteur des matériaux de construction se multiplient, avec le Cameroun comme marché stratégique. Le groupe Dangote Cement a récemment conclu un contrat d’environ 1 milliard de dollars avec le groupe chinois Sinoma Engineering, spécialisé dans l’ingénierie industrielle et les infrastructures lourdes. Cette collaboration vise la construction de nouvelles unités de production ainsi que la modernisation d’installations existantes dans plusieurs pays africains, notamment le Cameroun, le Nigeria et l’Éthiopie.
Pour le Cameroun, le projet reste encore entouré d’incertitudes techniques, même si deux orientations principales émergent. La première option consiste à renforcer la capacité productive de l’usine de Douala, qui atteint actuellement environ 1,5 million de tonnes par an. La seconde piste relance un projet ancien, envisagé depuis 2015, portant sur l’implantation d’une seconde cimenterie à Nomayos, dans la région du Centre, avec une capacité similaire. Cette unité avait initialement été budgétisée à près de 88 milliards FCFA et devait être réalisée en moins de deux ans.
Les ambitions industrielles de Dangote au Cameroun s’inscrivent dans une longue chronologie. En 2015, quelques semaines avant l’inauguration de la cimenterie de Douala, Aliko Dangote avait déjà annoncé ce projet d’expansion lors d’une rencontre avec les autorités gouvernementales. Des études d’impact environnemental et social avaient ensuite été menées entre 2019 et 2024, confirmant l’intérêt économique du site, sans toutefois que les travaux ne soient réellement lancés.
L’arrivée de nouveaux investissements intervient dans un marché en pleine mutation. Depuis l’ouverture du secteur à la concurrence en 2015, le monopole historique de Cimenteries du Cameroun a disparu, laissant place à plusieurs opérateurs industriels. Aujourd’hui, les capacités nationales de production approchent 12 millions de tonnes, pour une consommation intérieure estimée autour de 8 millions de tonnes selon les analyses sectorielles, ce qui crée une situation de surcapacité structurelle.
Malgré cette offre abondante, le prix du sac de ciment de 50 kg demeure élevé, oscillant entre 5 100 et 5 300 FCFA dans les grandes villes comme Douala et Yaoundé. Les industriels expliquent cette tension par les coûts élevés du clinker importé, principal composant du ciment. Les autorités publiques, à travers le ministère du Commerce, évoquent régulièrement des soupçons de pratiques anticoncurrentielles et d’éventuelles ententes sur les prix entre producteurs.
Anatole Bidias



