(LVDE) — L’opérateur télécoms MTN Cameroon a décidé de dissoudre sa filiale d’assurance digitale aYo Insurance, créée pour offrir des produits de micro-assurance à ses abonnés. Cette décision, annoncée en début 2026, intervient après plusieurs années de pertes financières jugées conséquentes. L’impact de ce retrait interroge sur l’avenir de l’assurance mobile dans un pays où l’inclusion financière reste encore fragile.
À Douala, au siège de MTN Cameroon, l’annonce est tombée sans formalité médiatique excessive : l’unité locale de micro-assurance « aYo Insurance », détenue à 100 % par MTN Cameroon et dotée d’un capital social de 415 millions de FCFA, est en cours de dissolution. Cette décision, liée à des performances économiques jugées insoutenables, marque la fin d’un chapitre dans la tentative d’intégrer l’assurance au cœur des services offerts par un opérateur télécom majeur.
Créée à partir de la plateforme technologique d’aYo Holdings, filiale insurtech de MTN Group destinée à démocratiser l’accès à la couverture d’assurance via mobile, aYo Cameroon avait pour ambition de permettre aux abonnés d’accéder à des produits d’assurance vie et hospitalisation à bas prix. Ces services étaient conçus pour être accessibles « plug-and-play », en utilisant le portefeuille mobile MoMo d’MTN pour souscrire et gérer des polices sans documents papier, ce qui représentait une innovation notable sur un marché où moins de 2 % de la population disposait d’une assurance formelle selon les estimations de la direction en 2023.
Pendant plusieurs années, aYo Insurance a proposé des couvertures automatiques via des achats de crédits de communication, offrant par exemple un capital décès ou une indemnité hospitalisation grâce à l’achat de « bundles » de données ou de crédit prépayé. Ces services, bien que prometteurs en termes de diffusion digitale, n’ont semble-t-il pas permis à la filiale de trouver un modèle économique rentable. L’absence de données publiques détaillées sur les pertes financières complique pour l’instant toute évaluation précise de l’ampleur des difficultés rencontrées par l’unité.
Les représentants de MTN Cameroon n’ont pas encore publié de communiqué détaillé expliquant les raisons exactes de la liquidation. Toutefois, dans un secteur où la concurrence des assureurs traditionnels et des plateformes digitales se renforce, les défis étaient nombreux : faible taux de pénétration de l’assurance, coûts de gestion élevés et difficultés à monétiser efficacement les produits offerts via les canaux mobiles.
L’écosystème africain de micro-assurance reste pourtant considéré comme un levier clé d’inclusion financière dans de nombreux pays francophones. La disparition d’un acteur comme aYo pourrait ralentir certaines initiatives visant à intégrer les populations non bancarisées dans des mécanismes de protection contre les risques du quotidien. Par ailleurs, le retrait du marché camerounais par MTN s’inscrit dans une dynamique plus large de restructuration stratégique au sein du groupe, qui dispose d’une présence dans plusieurs pays africains et met l’accent sur ses activités principales de télécommunications et de services financiers numériques.
Alors que la micro-assurance est souvent citée comme un moyen de réduire la vulnérabilité économique des ménages à faible revenu, l’expérience aYo au Cameroun soulève des questions sur la viabilité des modèles d’assurance intégrés directement aux plateformes de télécommunications sans un soutien structurel plus large. Les observateurs du secteur attendent désormais des précisions sur le sort des produits existants et des engagements pris envers les clients actuellement couverts, ainsi que sur la stratégie future de MTN pour le segment des services financiers digitaux.
Raphael Mforlem



