(LVDE) — Dans un contexte de modernisation forcée des services publics et face à des décennies de difficultés financières et techniques, l’Imprimerie nationale du Cameroun voit l’un de ses marchés les plus stratégiques être brutalement interrompu par l’État. Entre promesses de réformes, critiques sur les performances et signatures de nouveaux partenariats, cette décision soulève de nombreuses interrogations sur l’avenir de l’entreprise centenaire et la gestion des contrats publics au Cameroun.
L’État camerounais a surpris le monde de l’impression et des marchés publics fin 2025 en résiliant un contrat jugé « majeur » avec l’Imprimerie nationale, jugée incapable de respecter ses obligations contractuelles. Cette décision fait suite à une série de défaillances répétées, notamment des retards dans les livraisons de documents administratifs essentiels, des tensions de trésorerie chroniques et des plaintes de plusieurs ministères qui dénonçaient l’incapacité de l’entreprise à honorer ses commandes dans les délais impartis.
Selon des documents gouvernementaux internes, avant la rupture du contrat le gouvernement avait mis en demeure l’Imprimerie nationale à plusieurs reprises sans obtenir d’améliorations significatives, pointant ainsi des manquements qui ont fini par justifier la décision de résiliation. Dans plusieurs cas, des services publics se sont tournés vers des prestataires privés pour répondre à des besoins urgents, ce qui a non seulement fragilisé la position de l’Imprimerie nationale mais aussi mis en lumière les enjeux de performance dans les marchés publics au Cameroun.
La situation financière et technique de l’Imprimerie n’est pas nouvelle : malgré des injections financières de l’État et des tentatives de modernisation, la société publique peine depuis des années à se remettre à flot. Des sources administratives affirment que le manque d’équipements modernes et une concurrence accrue des acteurs privés ont réduit sa compétitivité, rendant difficile le maintien de contrats à long terme.
En parallèle à cette résiliation, le gouvernement a signé, le 28 novembre 2025, un contrat de partenariat public-privé avec le groupe ivoirien *Impact Palmarès R&D SAS*, pour moderniser l’Imprimerie sur une période de 20 ans. Celui-ci prévoit la refonte des infrastructures matérielles et logicielles de production, avec une phase initiale de construction et d’équipement suivie d’une exploitation assurée par le partenaire privé. Si les montants n’ont pas été officiellement divulgués, le cadrage stratégique du projet indique une volonté de redonner à l’outil public une capacité à générer des recettes non fiscales pour l’État et à répondre efficacement aux besoins administratifs nationaux.
Cette transition vers un modèle PPP s’inscrit dans un contexte plus large de réforme de la gestion des entreprises publiques au Cameroun, où l’État cherche à stimuler l’efficacité tout en réduisant les risques de défaillance contractuelle. Toutefois, certains observateurs s’inquiètent des implications pour les travailleurs de l’Imprimerie et des conditions de mise en œuvre de ce nouveau contrat, soulignant que la réussite d’une telle réforme dépendra autant de la gouvernance interne que de l’investissement technique.
Alors que l’Imprimerie nationale traverse une de ses plus profondes mutations, la question reste ouverte : ce changement de cap sauvera-t-il un fleuron industriel en déclin, ou marquera-t-il la fin d’une ère pour une institution qui a longtemps imprimé l’histoire administrative du Cameroun ?
Anatole Bidias



