Site d’exploitation d’or de Gaga en RCA
(LVDE) – En République centrafricaine, les autorités ont annoncé l’expulsion de 36 ressortissants étrangers impliqués dans l’exploitation illégale de sites aurifères. Cette opération s’inscrit dans une offensive plus large menée par Bangui pour restaurer l’ordre dans un secteur minier longtemps dominé par l’activité informelle et des réseaux non autorisés.
Dans les collines aurifères qui bordent les axes routiers du sud et de l’ouest de la République centrafricaine, l’écho des pioches et des bruits de moteurs n’a pas toujours signifié prospérité pour les villages environnants. Depuis plusieurs années, l’orpaillage illégal attire des centaines de personnes, locales comme étrangères, au détriment de l’environnement et de l’économie officielle. Mais depuis fin 2025, l’État centrafricain a décidé de reprendre la main. Une opération d’envergure a conduit à l’expulsion de 36 ressortissants étrangers accusés d’être au cœur de réseaux illégaux d’exploitation aurifère, a annoncé cette semaine le ministère des Mines.
Selon les autorités, ces personnes, originaires principalement de pays voisins et de certaines régions d’Afrique de l’Ouest, exploitaient des concessions sans autorisation, souvent en marge de toute supervision technique ou fiscale. Les expulsés auraient été interpellés à la suite d’une série d’inspections coordonnées par la Cellule nationale de suivi des exploitations minières et des unités de sécurité. Cette action s’inscrit dans une stratégie gouvernementale visant à sécuriser les ressources minérales du pays, longtemps pillées par des filières informelles, avant tout intéressées par des gains rapides.
La Centrafrique recèle d’importants gisements aurifères : selon le ministère des Mines, plus de 2 500 sites aurifères recensés en 2024 attirent des milliers d’acteurs, mais une large part de la production échappe aux cadres légaux. D’après le rapport annuel du secteur publié fin 2025, seule une minorité des travaux d’extraction est menée sous licence officielle, malgré une croissance de la production qui aurait dépassé 15 % entre 2023 et 2025. Cette dynamique s’accompagne paradoxalement d’une forte présence de groupes non régulés, souvent accusés de dégrader l’environnement, de contourner la fiscalité et d’ignorer les normes de sécurité.
Les expulsions annoncées ont été présentées comme un signal fort par le gouvernement. « Nous devons protéger notre sous-sol et garantir que les ressources naturelles de la République centrafricaine profitent à notre peuple conformément à la loi », a déclaré mercredi le ministre des Mines, lors d’une conférence de presse à Bangui. Il a rappelé que la loi minière en vigueur requiert des permis rigoureux pour toute exploitation, prévoyant des contrôles techniques, des obligations sociales et des redevances étatiques.
Cette opération n’est pas isolée. Depuis 2024, plusieurs missions conjuguées entre l’administration des mines, la gendarmerie et la Police des mines ont visé à interrompre des chaînes d’approvisionnement informelles. Des sources proches du dossier indiquent que plusieurs sites non autorisés ont été fermés et que des saisies d’équipements lourds, y compris des broyeurs et des engins motorisés, ont été effectuées. Des campagnes de sensibilisation auprès des communautés locales sont également en cours pour les inciter à se conformer aux cadres légaux et à s’organiser en coopératives minières reconnues.
Cette reprise en main du secteur intervient dans un contexte où la gouvernance des ressources naturelles est devenue un axe prioritaire de la feuille de route gouvernementale. Les autorités ont réaffirmé leur volonté d’attirer des investissements responsables, notamment de sociétés minières respectant les normes environnementales et sociales, tout en réduisant l’impact de l’exploitation artisanale incontrôlée qui représente encore une part significative de l’activité aurifère.
Les réactions des populations locales sont partagées : certains applaudissent la volonté de mettre de l’ordre dans un marché chaotique, espérant plus de retombées économiques et moins de dégradation écologique, tandis que d’autres craignent une perte de revenus immédiats dans des régions où l’orpaillage informel constitue une source de subsistance. Quoi qu’il en soit, la décision de Bangui de procéder à ces expulsions souligne la pression croissante sur les frontières de l’exploitation minière illégale et l’effort de l’État centrafricain pour asseoir sa souveraineté sur un secteur stratégique.
Sorelle Ninguem



