(LVDE) — Dans sa feuille de route 2026 adressée au Premier ministre Joseph Dion Ngute, le ministre des Travaux publics Emmanuel Nganou Djoumessi promet près de 476 km de routes neuves, mais reconnaît que l’endettement de l’État envers les prestataires fragilise l’exécution des chantiers et ralentit la dynamique d’infrastructures.
À Yaoundé, l’ambition routière du Cameroun se heurte une fois encore à la réalité budgétaire. Dans un document officiel transmis le 10 février 2026 au chef du gouvernement, le patron des Travaux publics trace une année dense en réalisations tout en tirant la sonnette d’alarme sur les difficultés de paiement des entreprises. L’administration prévoit la livraison d’environ 475,9 kilomètres de routes neuves, mais souligne que la pression sur la trésorerie compromet la régularité des décaissements destinés aux prestataires et aux missions de contrôle.
Parmi les infrastructures annoncées pour l’achèvement figurent la pénétrante Est de Douala, plusieurs tronçons stratégiques dans l’Extrême-Nord ainsi que la route Mbalmayo–Sangmelima. La réhabilitation de l’ancien pont sur le Wouri, ouvrage emblématique reliant les deux rives de la capitale économique, s’inscrit également dans la liste des priorités, tout comme la livraison de six ponts métalliques modulaires destinés à désenclaver des zones rurales.
D’autres chantiers devraient connaître une accélération, notamment Ngaoundéré–Paro, Magada–Guidiguis–Yagoua et Foumban–Koupamatapit. Les travaux urbains ne sont pas en reste : entrée nord de Yaoundé, traversée de Douala et voiries du Sud figurent dans la programmation. Au total, treize nouveaux projets sont annoncés pour 2026, dont la phase 2 de l’autoroute Douala–Yaoundé, l’axe Ebolowa–Kribi long de 170 km et la réhabilitation complète de la route Ngaoundéré–Garoua.
L’entretien du réseau constitue un autre pan du programme. Le ministère prévoit la maintenance de 852 km de routes bitumées et de 5 222 km de routes en terre, ainsi qu’un entretien renforcé sur plus de 750 km supplémentaires. L’objectif affiché reste la fluidité du transport des personnes et des marchandises dans un contexte de croissance logistique autour des corridors portuaires et agricoles.
Mais derrière ces projections, l’équation financière demeure préoccupante. Le budget 2026 du ministère est évalué à 740 milliards FCFA, alors que les arriérés accumulés envers les entreprises continuent d’augmenter. Selon plusieurs organisations patronales, ces retards de paiement ralentissent l’activité des PME du BTP, entraînent des arrêts temporaires de chantiers et renchérissent les coûts d’exécution.
Cette tension budgétaire intervient alors que le pays accélère ses investissements structurants pour soutenir la compétitivité économique et la mobilité nationale. Les autorités reconnaissent que la cadence des projets dépendra désormais autant de la mobilisation des financements que de la planification technique. L’année 2026 s’annonce donc décisive : elle devra concilier promesses d’infrastructures et assainissement financier pour éviter l’enlisement des travaux.
Anatole Bidias



