(LVDE) — Libreville annonce une suspension temporaire des droits de douane sur plusieurs produits alimentaires et matériaux de construction. L’objectif est de soutenir le pouvoir d’achat des ménages et de contenir l’inflation, mais cette mesure représente un défi pour le budget de l’État dans un contexte de recettes douanières prévues en forte hausse.
Le gouvernement gabonais a pris une décision exceptionnelle visant à alléger le coût des produits essentiels pour les consommateurs et les entreprises. Selon un communiqué officiel publié début février 2026, les taxes à l’importation sur certains produits alimentaires – dont le riz, le sucre, l’huile végétale, les poissons et autres denrées de première nécessité – ainsi que sur des matériaux de construction comme le ciment et l’acier, sont suspendues pour une période provisoire. Cette mesure sociale intervient dans un contexte où l’inflation alimentaire reste un sujet de préoccupation pour les ménages gabonais, particulièrement dans les zones urbaines comme Libreville et Port-Gentil.
Le ministère de l’Économie et des Finances précise que cette suspension ne remet pas en cause la politique globale de recouvrement des recettes, mais cherche à offrir un répit immédiat aux familles et aux petites entreprises confrontées à la hausse des prix. « L’objectif est de préserver le pouvoir d’achat, surtout en début d’année où les dépenses liées à l’éducation et à la construction se concentrent », indique une source gouvernementale. Les importateurs et distributeurs devraient répercuter cette baisse de taxes directement sur les prix à la consommation.
Si l’impact social est jugé positif, cette décision représente néanmoins un enjeu budgétaire considérable pour Libreville. Le gouvernement table sur une augmentation de 45% de ses recettes douanières en 2026, portée par la reprise économique régionale et la hausse attendue des volumes d’importation. La suspension des droits sur ces produits stratégiques pourrait peser sur ces prévisions, nécessitant des arbitrages au niveau du budget général de l’État et des ajustements dans d’autres secteurs.
Les acteurs économiques et analystes soulignent que la mesure pourrait également soutenir la compétitivité des entreprises locales, en réduisant le coût des matériaux de construction et en stimulant l’activité dans le secteur du bâtiment, qui reste l’un des moteurs de l’économie gabonaise. Toutefois, certains experts avertissent que l’effet bénéfique sur les prix pourrait être limité si la distribution des produits n’est pas strictement contrôlée, ou si les importateurs conservent les marges habituelles.
Par ailleurs, cette initiative s’inscrit dans une tendance régionale observée en Afrique centrale, où plusieurs gouvernements ont temporairement allégé les taxes sur les biens de première nécessité pour contenir l’impact inflationniste des fluctuations des prix mondiaux et des tensions sur les chaînes d’approvisionnement. Selon les chiffres de la Banque centrale des États de l’Afrique centrale (BEAC), le Gabon importe près de 60% de ses denrées alimentaires, ce qui rend les consommateurs particulièrement sensibles aux variations des tarifs douaniers.
En résumé, la suspension des taxes à l’importation décidée par le gouvernement gabonais est une mesure à la fois sociale et stratégique, qui vise à protéger les ménages tout en stimulant certains secteurs de l’économie. La réussite de cette initiative dépendra toutefois de la rigueur dans sa mise en œuvre et de la capacité des autorités à compenser le manque à gagner sur les recettes douanières prévues pour 2026.
Sorelle Ninguem



