(LVDE) — Alors que l’Afrique avait enregistré un bond de 17,6 % de ses exportations de bananes en 2024, le Cameroun, deuxième producteur continental, voit ses volumes chuter en 2025. Cette régression compromet la dynamique régionale et soulève des questions sur la compétitivité et la résilience de la filière camerounaise.
L’année 2025 restera dans les annales comme celle où le Cameroun, malgré son rang de deuxième exportateur africain de bananes derrière la Côte d’Ivoire, a connu une contraction notable de ses volumes expédiés vers l’Europe et le Moyen-Orient. Selon des sources issues de l’Association des producteurs et exportateurs de bananes du Cameroun, le pays a écoulé environ 395 000 tonnes contre près de 435 000 tonnes l’année précédente, soit une baisse de plus de 9 %. Ce recul intervient après plusieurs exercices de croissance soutenue et affecte directement la contribution du Cameroun à l’expansion globale des exportations africaines, qui avaient progressé de 17,6 % en 2024.
Les raisons de cette contre-performance sont multiples. La filière camerounaise, structurée autour de grands plantations comme Del Monte Cameroun, Chiquita et des exploitations locales, a été confrontée à des contraintes climatiques inédites. Des pluies irrégulières et des épisodes de sécheresse ont affecté la floraison et la maturation des régimes, entraînant une baisse de la productivité. À cela s’ajoutent les difficultés logistiques. Les retards dans la réhabilitation de certaines routes rurales et les perturbations portuaires à Douala ont entraîné des pertes de fret et des délais supplémentaires, pénalisant la compétitivité des expéditions.
D’autres facteurs structurels jouent également un rôle. Le coût élevé des intrants agricoles, notamment des engrais et des produits phytosanitaires, ainsi que la volatilité du marché international, ont limité la capacité des producteurs à maintenir des rendements optimaux. Selon les experts du secteur, l’émergence de maladies fongiques et de parasites sur certaines plantations a accentué la fragilité de la filière. « Nous avons observé une réduction de la taille des régimes et une détérioration de la qualité dans certaines plantations, ce qui a contraint certains lots à être écartés pour l’exportation », explique un responsable technique de la filière.
Cette baisse des volumes camerounais a eu un impact immédiat sur le continent. Les statistiques de l’Organisation africaine des exportateurs de bananes indiquent que, malgré des performances stables ou en hausse dans des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana et la Guinée, la contribution du Cameroun reste cruciale pour atteindre des niveaux globaux de croissance. L’effet combiné de la contraction camerounaise a limité la progression continentale à seulement 4,8 % en 2025, bien en dessous des projections initiales.
Face à cette situation, les acteurs locaux appellent à des mesures de soutien immédiates et à long terme. L’amélioration des infrastructures de transport, l’accès facilité aux intrants et la modernisation des systèmes d’irrigation apparaissent comme des priorités pour restaurer les volumes exportés. Par ailleurs, le renforcement de la transformation locale, avec des projets d’emballage et de valorisation industrielle, pourrait améliorer la résilience et la compétitivité de la filière. Le projet CAMTEX, par exemple, vise à intégrer davantage de valeur ajoutée en Afrique centrale et à créer des emplois tout en limitant l’exposition aux aléas climatiques.
Le Cameroun se trouve donc à un carrefour stratégique : continuer à s’appuyer sur l’exportation brute ou investir davantage dans la modernisation et la diversification. L’avenir de la filière dépendra de la capacité des producteurs, de l’État et des partenaires financiers à coordonner des actions efficaces pour sécuriser les volumes et améliorer la qualité des bananes destinées aux marchés internationaux.
Amelie Yandal



