(LVDE) — Pour sécuriser l’alimentation électrique des grandes entreprises et préserver l’énergie destinée aux ménages, le gouvernement camerounais procède au transfert des industries à forte consommation de la ligne Eneo vers la haute tension de Sonatrel. Cette opération, qui concerne plusieurs acteurs industriels majeurs, s’inscrit dans la stratégie nationale de planification énergétique et de renforcement du réseau.
Au Cameroun, certaines entreprises industrielles figurent parmi les plus gros consommateurs d’électricité du pays. Nestlé, Broli, Azur, Mira, Pasta, Novia, Group Cadyst, Accam, Panzani, Mit Chimie, Bocam, Procim ; mais aussi d’autres acteurs comme Prometal (dont la sortie est déjà effective), Acierie, absorbent chacun plus de 40 MW par mois. Jusqu’ici desservies par Eneo, elles vont désormais être raccordées à la ligne haute tension du transporteur Sonatrel. Cette réorganisation vise à sécuriser leur approvisionnement, tout en libérant une partie du réseau d’Eneo pour alimenter les ménages et les petites entreprises.
Le ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee) estime que cette mesure permettra de réduire les risques de délestages récurrents et d’améliorer la régularité de la distribution sur l’ensemble du territoire. Gaston Eloundou Essomba, Ministre en charge de l’énergie, précise : « L’État poursuit l’orientation des financements à travers une planification nationale intégrée pour satisfaire les besoins des industries. Les travaux de construction des ouvrages de transport et de distribution en vue du raccordement au réseau Sonatrel ont démarré et seront achevés d’ici le quatrième trimestre 2026. Cette infrastructure permettra de capter une demande industrielle estimée à 150 MW. »
Selon le Minee, la décision s’inspire d’expériences antérieures, comme le raccordement de certaines lignes pour Cimencam, qui ont montré que la haute tension permet d’assurer une alimentation stable et continue aux entreprises les plus consommatrices. Les industriels concernés pourront ainsi exploiter leurs machines sans interruption et planifier leur production de manière plus fiable.
Cette mesure répond également aux critiques du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), qui dénonce l’inefficacité des barrages hydroélectriques à réduire les délestages malgré leur multiplication. Sur les réseaux sociaux et dans les forums économiques, les consommateurs et acteurs du secteur pointent régulièrement la fragilité du réseau et l’impact sur la continuité des activités industrielles et domestiques.
Au-delà de la sécurisation des industries, le transfert vers Sonatrel s’inscrit dans la perspective de renationalisation d’Eneo et dans le cadre du programme PforR, soutenu par la Banque mondiale, qui vise à structurer la planification énergétique nationale, améliorer la résilience du réseau et anticiper la croissance de la demande en électricité. Les travaux incluent la construction de nouveaux ouvrages de transport, le renforcement de la distribution et l’optimisation de la maintenance des infrastructures existantes.
Pour les industriels, cette initiative représente un soulagement stratégique. Elle garantit la continuité de la production et la protection des équipements, tout en renforçant la compétitivité des entreprises sur le marché local et régional. Pour l’État, il s’agit d’un équilibre nécessaire entre consommation industrielle et distribution domestique, assurant un service stable aux ménages tout en accompagnant le développement économique du pays.
Anatole Bidias



