(LVDE) – À Douala, la cimenterie Medcem, fruit d’un partenariat turco-camerounais, reste inactive depuis novembre 2023. Exposée aux inondations et aux contraintes d’infrastructures, l’usine peine à reprendre ses activités, mettant en péril 13 milliards de FCFA d’investissement et des centaines d’emplois.
Depuis plus de deux ans, la cimenterie Medcem Cameroun, implantée dans la capitale économique, est à l’arrêt, bloquant un projet industriel estimé à 13 milliards de FCFA. Selon le rapport de mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND-30), cette suspension d’activité s’étend sur la période 2020-2025, bien que des sources internes indiquent que la paralysie effective a débuté en novembre 2023. L’arrêt prolongé soulève des interrogations sur la résilience des infrastructures industrielles face aux aléas climatiques et sur l’efficacité du suivi post-investissement.
Les inondations récurrentes constituent la cause principale de l’interruption. « Le dernier incident majeur est survenu lors de pluies torrentielles, qui ont détruit une part importante de nos matières premières. Le magasin de bois s’est effondré », confie un employé de l’usine. La topographie du site et les aménagements du Port autonome de Douala aggravent la situation. « La route située en amont de l’usine canalise les eaux vers le site lors des fortes pluies, inondant même certains bureaux. Dans ces conditions, il n’était plus possible de continuer la production », précise la même source.
Malgré des tentatives d’adaptation technique et organisationnelle, l’arrêt a eu un impact social immédiat. Une partie du personnel a été placée en chômage technique, et un service minimum reste en fonctionnement sur le site. La paralysie de l’usine fragilise également la chaîne locale de distribution de ciment, alors que le marché camerounais est dominé par Cimencam et Dangote Cement.
Medcem Cameroun est le fruit d’une joint-venture entre le groupe turc Eren Holding et la chaîne locale de quincailleries Quifeurou. Inaugurée le 16 décembre 2016, la cimenterie affichait l’ambition de produire initialement 600 000 tonnes de ciment par an, avec une capacité extensible à un million de tonnes, et de devenir rapidement le deuxième acteur du marché. Le sac de 50 kg devait être proposé à 4 550 FCFA, combinant compétitivité tarifaire et qualité.
Au-delà des enjeux économiques, le projet mobilise près de 250 emplois directs et environ 700 emplois indirects. Il a également bénéficié d’incitations fiscales prévues par la loi de 2013 sur l’investissement privé, avec des exonérations allant de cinq à dix ans. Le blocage actuel illustre les limites du cadre légal en matière de suivi et de sécurisation des investissements industriels, point souligné par le rapport SND-30, qui recommande un contrôle post-installation plus rigoureux.
Alors que le Cameroun mise sur l’industrialisation comme levier de croissance et de création d’emplois, la situation de Medcem montre combien la vulnérabilité aux aléas climatiques et aux aménagements urbains peut compromettre des projets stratégiques. La reprise des activités dépendra de mesures techniques adaptées, d’un soutien institutionnel et d’une coordination efficace avec les infrastructures environnantes.
Esther Grace



