Paul Biya, President de la République du Cameroun, lors de son adresse a la jeunesse le 10 février 2026
(LVDE) — Dans son message du 10 février 2026 adressé à la jeunesse, à la veille de la 60e Fête de la Jeunesse, Paul Biya a annoncé un prochain renouvellement des dirigeants des sociétés d’État, une relève générationnelle imminente. Cette déclaration survient alors que des rapports universitaires et des analyses économiques dénoncent l’irrégularité de nombreux mandats et la faible performance de plusieurs entreprises publiques, dont les difficultés financières pèsent lourdement sur le budget national.
Yaoundé a retenu son souffle à l’écoute du message présidentiel. À quelques heures des célébrations dédiées à la jeunesse, Paul Biya, réélu en novembre 2025 pour un huitième mandat, a esquissé les contours d’une nouvelle étape politique. Le chef de l’État a promis de confier davantage de responsabilités aux jeunes et aux femmes, évoquant explicitement le remplacement progressif des dirigeants des sociétés d’État et la mise en place d’une nouvelle équipe gouvernementale.
Cette annonce intervient dans un climat marqué par des critiques croissantes sur la gouvernance des entreprises publiques. En juin 2025, la professeure Viviane Ondoua Biwolé publiait une étude intitulée « République exemplaire », largement relayée par la presse nationale. L’analyse révélait que 71 présidents de conseils d’administration, sur un total de 112 entités examinées, se trouvaient en situation d’irrégularité, soit un taux de non-conformité de 63,39 %. Selon cette recherche, 66,66 % des responsables d’établissements publics et 56,75 % de ceux des entreprises publiques avaient dépassé la durée légale prévue par les lois de 2017 encadrant la gouvernance des sociétés à capitaux publics.
Les directions générales sont également concernées. Dès juillet 2024, la même universitaire recensait 86 directeurs généraux et directeurs généraux adjoints en dépassement de mandat. La réglementation fixe pourtant leur fonction à trois ans, renouvelables deux fois, pour un plafond de neuf ans. À partir du 12 juillet 2026, les responsables nommés en 2017 atteindront cette limite, ce qui rend inévitable une décision des autorités afin d’éviter une situation d’illégalité.
Au-delà du respect des textes, la question de l’efficacité économique demeure centrale. Plusieurs entreprises publiques accumulent des déficits chroniques. Les lois de finances récentes indiquent que les transferts et subventions aux entités publiques représentent chaque année plusieurs centaines de milliards de FCFA. Des rapports budgétaires examinés par des analystes et commentés par des médias spécialisés soulignent que ces appuis visent à combler des pertes structurelles et à soutenir la trésorerie de sociétés confrontées à des charges élevées et à une rentabilité insuffisante.
Dans ses dernières évaluations du programme économique du Cameroun, le Fonds monétaire international insiste sur l’amélioration de la gouvernance des entreprises publiques et la rationalisation des dépenses comme leviers essentiels de soutenabilité budgétaire. La Banque mondiale, de son côté, encourage une modernisation de la gestion et une plus grande transparence financière.
L’engagement du président à impulser une relève générationnelle apparaît ainsi comme une réponse aux préoccupations académiques, financières et institutionnelles. Reste désormais à traduire cette volonté en actes concrets, à travers des nominations conformes aux textes et orientées vers la performance. Pour de nombreux jeunes diplômés et cadres en attente d’opportunités, l’annonce ouvre la perspective d’un renouvellement en profondeur de l’appareil public, dans un contexte où l’exigence de rigueur et d’efficacité n’a jamais été aussi pressante.
Anatole Bidias



