Branch of ripe cotton on the cotton field, Uzbekistan
(LVDE) — Fragilisée par des aléas climatiques persistants, la filière coton du Cameroun accuse un net recul de ses performances à l’export. À fin septembre 2025, les ventes extérieures ont diminué de 25%, entraînant une contraction estimée à 37,2 milliards de FCFA. Un retournement de tendance après l’embellie enregistrée en 2024, qui ravive les inquiétudes sur la résilience du secteur.
Dans les plaines du Nord et de l’Extrême-Nord, cœur historique de la production cotonnière camerounaise, les récoltes 2025 portent l’empreinte d’une pluviométrie irrégulière et de vagues de chaleur inhabituelles. À fin septembre, les exportations de coton ont reculé de 25% par rapport à la même période en 2024, selon les données consolidées des services du commerce extérieur et de la Société de Développement du Coton (Sodecoton). En valeur, la baisse atteint 37,2 milliards de FCFA sur neuf mois.
Cette contre-performance intervient après un exercice 2024 marqué par un redressement notable. Portées par des conditions météorologiques plus favorables et un regain de la demande internationale, les expéditions avaient progressé, offrant un répit aux producteurs et aux finances publiques. Mais l’année 2025 marque un retournement brutal. Les épisodes de sécheresse prolongée, combinés à des pluies tardives, ont affecté les rendements dans plusieurs bassins de production.
Selon les estimations sectorielles, la production nationale, qui gravitait autour de 390 000 à 400 000 tonnes lors des meilleures campagnes récentes, a subi un tassement significatif. Les rendements à l’hectare ont été pénalisés par le stress hydrique, tandis que certaines parcelles ont enregistré des pertes liées à la prolifération de ravageurs favorisée par les variations climatiques.
Le coton constitue pourtant l’un des principaux produits d’exportation agricole du pays, aux côtés du cacao, du café et du bois. La filière fait vivre directement ou indirectement près de deux millions de personnes dans les régions septentrionales, d’après les données de la Sodecoton. La baisse des ventes extérieures se répercute ainsi sur les revenus des planteurs et sur les recettes en devises, dans un contexte où la balance commerciale reste sous pression.
Les marchés internationaux n’ont pas non plus offert un environnement particulièrement porteur. Si les cours mondiaux du coton ont connu des fluctuations modérées, ils demeurent sensibles aux incertitudes économiques globales et à la concurrence accrue d’autres grands producteurs comme l’Inde, les États-Unis ou le Brésil. Pour le Cameroun, dont l’essentiel de la fibre est destiné à l’exportation, cette dépendance aux marchés extérieurs amplifie l’impact des chocs climatiques internes.
Face à cette situation, les autorités et les responsables de la filière évoquent le renforcement des mécanismes d’adaptation. Des programmes d’introduction de semences plus résistantes à la sécheresse, l’amélioration de l’irrigation et l’accompagnement technique des producteurs figurent parmi les pistes explorées. La modernisation des infrastructures de collecte et d’égrenage est également présentée comme un levier pour accroître la compétitivité.
Ce repli de 25% des exportations à fin septembre 2025 rappelle la vulnérabilité structurelle d’une agriculture largement tributaire des aléas climatiques. Après le rebond de 2024, la filière cotonnière se retrouve confrontée à la nécessité d’accélérer sa transformation pour préserver sa place stratégique dans l’économie camerounaise et sécuriser les revenus de milliers de ménages ruraux. Raphael Mforlem



