(LVDE) — Au Cameroun, la filière de l’huile de palme est engagée dans un débat intense face à un déficit structurel persistant qui a poussé les importations à renouer avec la croissance. Entre recul de la production locale et besoins croissants, les achats à l’étranger ont atteint un niveau élevé sur les neuf premiers mois de l’exercice, mettant en lumière les défis de la souveraineté alimentaire et industrielle.
Alors que la production nationale d’huile de palme peine à suivre la demande intérieure, le Cameroun a vu ses importations de ce produit fondamental doubler en valeur sur les neuf premiers mois de l’année, s’établissant à environ 51 milliards FCFA. Cette hausse est liée à un repli de la production locale, malgré une amélioration ponctuelle observée sur certains segments de la filière, selon des données officielles et des analyses sectorielles.
En 2024, la production nationale d’huile de palme brute avait atteint près de 447 000 tonnes, marquant une croissance d’environ 11,7 % par rapport à 2023, d’après le Premier ministre Joseph Dion Ngute, mais ce niveau restait très en dessous des besoins du marché intérieur estimés à plus d’un million de tonnes par an. Cette insuffisance chronique génère un déficit structurel dont l’ampleur est évaluée à plus de 500 000 tonnes chaque année.
Face à cette situation, la stratégie menée depuis plusieurs années, notamment avec la création de l’interprofession Interpalm-Cam et un plan de relance doté de près de 21,7 milliards FCFA, visait à renforcer les chaînes de production et à réduire la dépendance extérieure. Malgré ces efforts, les volumes disponibles localement restent incapables de satisfaire les besoins croissants des industries alimentaires, des transformateurs et des consommateurs, ce qui contraint le pays à recourir de nouveau aux marchés internationaux.
La dynamique récente des importations s’explique par ce déséquilibre. Après une décrue notable en 2024 — où les achats à l’étranger avaient chuté à leur plus bas niveau depuis 2021, autour de 68 719 tonnes — les volumes importés sont repartis à la hausse sur les premiers mois de 2025 pour compenser le déficit de la production locale. Cette reprise des importations a eu pour effet d’augmenter la facture extérieure, qui dépasse désormais les 51 milliards de FCFA sur neuf mois, un signal préoccupant pour les finances publiques et la balance commerciale.
Les acteurs de la filière, notamment les grandes plantations et les unités de transformation comme Socapalm, CDC et Pamol, indiquent que l’écart entre production et demande s’est accentué sous l’effet de plusieurs facteurs : baisse ponctuelle des rendements, vieillissement des plantations et logistique encore fragile pour l’acheminement des récoltes vers les usines de pressage. Ces contraintes techniques pèsent sur la compétitivité du secteur face aux huiles importées souvent plus stables et moins chères à court terme.
Du côté des pouvoirs publics, des projets pour accroître l’autosuffisance sont en cours, notamment des investissements visant à construire de nouvelles usines de transformation et à moderniser les installations existantes. Une composante clé de cette stratégie repose sur le Plan économique et financier présenté récemment par le gouvernement, qui ambitionne d’augmenter la production d’huile de palme d’environ 20 500 tonnes supplémentaires en 2026 pour réduire progressivement la dépendance aux importations.
Pour les observateurs du secteur, la tendance actuelle met en exergue un défi durable : comment satisfaire une demande nationale en pleine croissance tout en stabilisant les recettes et en allégeant la pression sur le portefeuille des consommateurs et sur la balance commerciale. La contraction des importations en 2024 avait donné espoir d’un renversement de tendance, mais le rebond de ces achats montre que la filière doit encore franchir plusieurs étapes pour atteindre l’autosuffisance.
Raphael Mforlem



