15ᵉ Conférence biennale du Réseau des Institutions nationales africaines des Droits de l’Homme (RINADH)
(LVDE) — Pendant deux jours, la capitale camerounaise a accueilli la 15ᵉ Conférence biennale du Réseau des Institutions nationales africaines des Droits de l’Homme (RINADH), un rendez-vous continental majeur consacré à la valorisation des instruments et de la jurisprudence africaine en matière de droits humains, dans un contexte marqué par de profondes mutations politiques, sécuritaires et sociales sur le continent.
Les 5 et 6 février derniers, Yaoundé s’est imposée comme un véritable pôle de réflexion africaine sur les droits de l’Homme. À l’initiative du Réseau des Institutions nationales africaines des Droits de l’Homme (RINADH), en partenariat avec la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC), la 15ᵉ Conférence biennale a réuni, dans l’enceinte du Conseil économique et social, des délégations venues de l’ensemble du continent. Magistrats, responsables d’institutions nationales, parlementaires, acteurs de la société civile et partenaires techniques ont croisé leurs analyses autour d’un thème central : la singularité et la portée opérationnelle des instruments et de la jurisprudence africains en matière de droits humains.
Bien au-delà d’un cadre protocolaire, cette rencontre s’est voulue un espace de réflexion stratégique sur le rôle des institutions nationales des droits de l’Homme (INDH) face aux défis contemporains. Crises sécuritaires, transitions politiques, pressions sur les libertés publiques et exigences accrues de redevabilité ont servi de toile de fond aux échanges. Les participants ont souligné la nécessité de dépasser une approche essentiellement déclarative des droits humains pour ancrer davantage l’action des INDH dans les mécanismes africains existants.
Les travaux ont mis en lumière la richesse normative du système africain des droits de l’Homme, souvent méconnue ou sous-exploitée. La Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, les protocoles additionnels, ainsi que la jurisprudence de la Commission et de la Cour africaines, ont été présentés comme des leviers concrets permettant aux INDH de renforcer leurs missions de suivi, de conseil, de contentieux stratégique et de plaidoyer. Plusieurs intervenants ont insisté sur l’importance d’une meilleure appropriation de ces outils au niveau national, afin d’améliorer l’effectivité des droits reconnus.
La conférence a également servi de cadre au renforcement des capacités des institutions participantes. Les échanges entre pairs et les contributions d’experts ont permis de partager des expériences innovantes, notamment en matière de suivi des recommandations africaines et d’articulation entre normes régionales et législations internes. L’enjeu, selon les organisateurs, est de consolider une action cohérente et crédible des INDH, capable d’influencer durablement les politiques publiques.
Présidant la cérémonie d’ouverture, le ministre de la Justice, représentant du Premier ministre, a souligné l’importance politique de cette rencontre, tandis que James Mouangué Kobila, président de la CDHC et nouvellement porté à la tête du RINADH, a rappelé que l’Afrique dispose de son propre corpus juridique en matière de droits humains, fondé sur ses valeurs, son histoire et ses réalités sociales. Pour lui, la jurisprudence africaine constitue un patrimoine stratégique qu’il convient désormais de traduire en actions concrètes sur le terrain.
Au terme de ces deux journées d’intenses travaux, Yaoundé aura ainsi incarné, le temps de 48 heures, un laboratoire d’idées et de solutions pour une promotion plus affirmée des droits de l’Homme « par et pour l’Afrique », posant les jalons d’une coopération renforcée entre les institutions nationales et les mécanismes continentaux.
Anatole Bidias



