Yvon Sana Bangui, Gouverneur de Banque des Etats de l'Afrique Centrale (BEAC)
(LVDE) — Un an après son entrée en fonction soit le 9 février 2024, à la tête de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui a engagé une série de réformes destinées à restaurer la crédibilité de l’institution, renforcer sa gouvernance et stabiliser le cadre macroéconomique de la CEMAC. Arrivé dans un contexte marqué par des tensions internes, une inflation élevée et une érosion des réserves de change, le gouverneur a imprimé un style de gestion axé sur la rigueur, la transparence et la consolidation monétaire. Analyse d’une première année dense et structurante.
Rétablissement de l’autorité institutionnelle
À son arrivée, Yvon Sana Bangui hérite d’une BEAC fragilisée par des dysfonctionnements internes et une contestation latente de l’autorité du gouverneur. L’un de ses premiers actes a consisté à réaffirmer le respect strict des textes communautaires, des statuts et des procédures internes. Cette reprise en main s’est traduite par un recentrage des décisions stratégiques autour des organes habilités, mettant un terme à certaines pratiques dérogatoires qui avaient affaibli la crédibilité de l’institution.
Assainissement du processus de recrutement
Le dossier sensible des recrutements d’agents d’encadrement supérieur a rapidement occupé le devant de la scène. Pointées du doigt par plusieurs audits et rapports internes, des irrégularités ont conduit le gouverneur à ordonner une revue approfondie des procédures. L’objectif affiché était double : restaurer l’équité dans l’accès aux postes de responsabilité et rassurer les partenaires sur la rigueur de la gouvernance interne.
Apaisement du climat interne
Dans une institution marquée par des clivages hérités de la transition, Sana Bangui a privilégié une approche progressive de pacification. Des concertations internes ont été engagées avec les directions générales, les syndicats et les cadres, afin de retisser un climat de confiance. Cette démarche visait à stabiliser le fonctionnement quotidien de la Banque et à recréer une dynamique collective autour des priorités stratégiques.
Lutte contre l’inflation persistante
Sur le plan macroéconomique, le gouverneur a dû composer avec une inflation dépassant largement le seuil communautaire de 3 %, atteignant environ 5,5 % début 2024. Face à cette pression sur les prix, la BEAC a maintenu une ligne de fermeté monétaire, assumant le coût d’un resserrement du crédit afin de préserver le pouvoir d’achat et la stabilité monétaire à moyen terme.
Pilotage prudent des taux directeurs
Sous l’impulsion de Sana Bangui, les décisions relatives aux taux directeurs ont été guidées par une logique de prudence. La Banque centrale a cherché à contenir les anticipations inflationnistes tout en évitant un étranglement excessif du financement de l’économie. Cette posture a envoyé un signal clair aux marchés : la BEAC privilégie la stabilité financière à court terme, sans renoncer à soutenir la croissance à moyen terme.
Reconstitution progressive des réserves de change
La baisse des réserves extérieures de la CEMAC constituait un autre défi majeur. Pour y faire face, la BEAC a renforcé le contrôle du rapatriement des recettes d’exportation, notamment dans les secteurs pétrolier et minier. Cette vigilance accrue vise à améliorer la couverture en devises et à sécuriser l’ancrage du franc CFA à l’euro.
Discipline accrue des États membres
Le gouverneur a multiplié les rappels à l’ordre à l’endroit des États de la CEMAC concernant le respect des critères de convergence. Déficits budgétaires, endettement excessif et retards de réformes structurelles demeurent des sources de vulnérabilité pour l’union monétaire. Sana Bangui a insisté sur la responsabilité collective des États dans la préservation de la stabilité régionale.
Modernisation des outils de supervision bancaire
Sur le volet bancaire, la BEAC a poursuivi le renforcement de ses mécanismes de supervision. L’accent a été mis sur la gestion des risques, la solidité des fonds propres et la conformité aux normes prudentielles. Cette démarche s’inscrit dans un contexte de vigilance accrue face aux fragilités de certains établissements financiers de la zone.
Digitalisation et efficacité opérationnelle
La modernisation interne a également figuré parmi les priorités de la première année. Des projets de digitalisation des processus, de sécurisation des systèmes d’information et d’optimisation des circuits décisionnels ont été lancés, avec pour ambition d’améliorer l’efficacité opérationnelle et la traçabilité des décisions.
Communication plus structurée
Rompant avec une tradition de communication jugée parfois opaque, Sana Bangui a misé sur une plus grande lisibilité des actions de la Banque centrale. Communiqués réguliers, prises de parole publiques et pédagogie autour des décisions monétaires ont contribué à renforcer la compréhension des enjeux par les acteurs économiques.
Renforcement de la coopération régionale et internationale
La BEAC a intensifié ses relations avec les institutions financières internationales, notamment le FMI et la Banque mondiale. Cette coopération vise à aligner les politiques monétaires régionales avec les exigences de stabilité globale et à consolider la crédibilité de l’institution sur la scène africaine et internationale.
Un leadership encore en phase de consolidation
Si la première année de Sana Bangui a permis de poser des bases solides, plusieurs réformes engagées restent en chantier. La consolidation de la gouvernance, l’impact réel des politiques monétaires sur l’économie et la discipline budgétaire des États détermineront l’ampleur de son héritage à la tête de la BEAC.
Au terme de cette première année, Yvon Sana Bangui apparaît comme un gouverneur de transition stratégique, davantage concentré sur la restauration des fondations que sur des réformes spectaculaires. Son action dessine les contours d’une BEAC plus rigoureuse et résolument orientée vers la stabilité monétaire. Les prochaines années seront décisives pour transformer ces bases institutionnelles en résultats économiques tangibles pour la CEMAC.
Tressy Chouente


