(LVDE) — Le gouvernement camerounais a opposé un refus clair à une proposition visant à réviser la norme régissant la production du fer à béton. Une décision qui souligne la volonté des autorités de sécuriser un secteur jugé stratégique et de maintenir la stabilité dans une filière en pleine structuration.
À Yaoundé, le 3 février 2026, le ministère de l’Industrie et du Développement Industriel a rendu publique sa position concernant la demande de révision de la norme du fer à béton, initiée par certains industriels du secteur. Selon les autorités, la démarche a été jugée « inopportune » compte tenu de l’importance stratégique de cette filière pour le développement des infrastructures et l’équilibre du marché national.
Le fer à béton, matériau clé de la construction, constitue un pilier de l’industrie lourde camerounaise. La production locale, concentrée autour des principaux acteurs comme le Groupe Prometal, le Groupe CIMENCAM et la Société de Transformation du Fer, alimente les chantiers publics et privés, contribuant directement à la réduction des importations et à la stabilisation des prix. Tout changement de norme pourrait avoir des répercussions sur les capacités de production, les coûts et la compétitivité des industriels locaux.
Selon des sources proches du dossier, la demande de révision visait notamment à aligner certaines caractéristiques techniques du produit sur des standards internationaux, en ajustant les dimensions et la qualité de l’acier utilisé. Les promoteurs de cette initiative estimaient que cela pourrait faciliter les exportations régionales et l’accès à de nouveaux marchés. Cependant, le gouvernement a estimé que la filière est encore en phase de consolidation et que de telles modifications risqueraient de déstabiliser les chaînes de production et de provoquer une hausse des prix sur le marché intérieur.
Les autorités ont rappelé que le Cameroun poursuit un programme ambitieux de modernisation industrielle et d’infrastructures, incluant la construction de routes, de ponts et de bâtiments publics. Dans ce contexte, la stabilité et la disponibilité du fer à béton sont essentielles pour ne pas ralentir ces projets structurants. Des consultations régulières avec les acteurs du secteur sont prévues afin d’améliorer progressivement la qualité et la conformité des produits tout en évitant les perturbations.
Les industriels locaux ont réagi avec prudence. Certains ont exprimé leur compréhension des motivations du gouvernement, reconnaissant la nécessité de consolider les capacités nationales avant d’introduire des changements normatifs. D’autres ont néanmoins insisté sur l’importance de s’aligner à terme sur les standards internationaux pour rester compétitifs sur le plan régional, notamment au sein de la CEMAC et sur le marché africain élargi.
Cette décision gouvernementale intervient alors que le Cameroun cherche à renforcer sa filière sidérurgique, à attirer des investissements et à promouvoir l’intégration de matières premières locales dans la production industrielle. En rejetant la demande de révision, les autorités envoient un message clair : la priorité est donnée à la stabilité du marché intérieur, à la consolidation de la production locale et à la structuration progressive de la filière, avant toute harmonisation technique externe.
Pour les observateurs, cette approche pragmatique reflète une volonté de protéger les industriels nationaux, de sécuriser l’approvisionnement pour les chantiers publics et de préparer le secteur à une expansion future, dans un cadre réglementaire stable et prévisible.
Anatole Bidias


