(LVDE) — Au premier semestre 2025, les ventes à l’étranger des produits forestiers camerounais ont accusé un net recul, fragilisant l’un des secteurs historiques d’exportation du pays. Confrontée à des pressions fiscales, à une demande internationale moins robuste et à des dysfonctionnements structurels, la filière bois voit sa contribution financière s’éroder, malgré des mesures de soutien et des opportunités potentielles de diversification.
Selon les dernières données officielles compilées par le ministère des Finances du Cameroun et relayées par plusieurs sources économiques, les exportations de biens forestiers du pays ont culminé à 100,3 milliards FCFA au premier semestre 2025, enregistrant une baisse d’environ 17 % par rapport à la même période en 2024. Cette contraction traduit une conjonction de facteurs, notamment la réduction des volumes exportés de bois transformé et de grumes, ainsi que des prix moins favorables sur certains marchés internationaux.
Les statistiques officielles et les rapports sectoriels montrent que la demande extérieure pour les produits forestiers tropicaux, en particulier les sciages d’essences telles que l’iroko, le sapelli et le doussié, a été moins soutenue qu’auparavant, malgré une légère reprise des échanges avec certains partenaires européens en fin d’année 2025.
Parallèlement, les exportations de grumes — qui typiquement jouent un rôle plus périphérique dans les recettes totales — ont connu des fluctuations, soutenues en partie par des volumes plus élevés, mais insuffisants pour compenser la baisse des produits transformés et semi‑finis.
Cette performance timide survient dans un contexte où le gouvernement camerounais a introduit des mesures fiscales dissuasives visant à encourager la transformation locale et réduire la vente de bois brut à l’étranger. Entre 2017 et 2024, les droits d’exportation sur les grumes ont été relevés de 17,5 % à 75 % de la valeur FOB, tandis que les taxes sur les bois débités ont également été fortement augmentées, ce qui a modifié les structures de rentabilité pour les opérateurs du secteur.
Ce changement de paysage fiscal et commercial a des effets contrastés. D’un côté, il incite certaines entreprises à investir dans une transformation plus poussée et à capter davantage de valeur ajoutée. De l’autre, il réduit la compétitivité des bois tropicaux camerounais sur les marchés traditionnels, notamment en Asie et en Europe, où la concurrence est vive et les règles d’accès de plus en plus strictes.
La filière elle‑même se caractérise par une grande diversité d’acteurs, allant de grandes entreprises formelles opérant sous permis légaux à un important secteur informel mal documenté. Cette informalité représente plus de 80 % de la consommation domestique, selon certaines estimations, rendant difficile l’obtention de données exhaustives sur les volumes réellement exportés et les recettes générées.
Dans la capitale économique Douala, plusieurs entreprises spécialisées dans la transformation du bois ont développé des chaines intégrées allant de l’abattage à la production de sciages et de panneaux. Bien que les noms précis des grandes compagnies forestières ne soient pas systématiquement publiés dans les rapports officiels, des groupes reconnus au niveau international et régional — opérant en partenariat avec des exploitants locaux — continuent de fournir l’essentiel des licences d’exploitation durable. Les essences prisées dans ces opérations incluent traditionnellement le sapelli, l’iroko, le fraké et le doussié.
Outre les pressions fiscales, la filière subit les effets de la montée de l’exploitation illégale et du commerce informel, qui, selon des observateurs et ONG spécialisées, alimente des réseaux transfrontaliers tirant profit de failles dans le suivi et la traçabilité des volumes exportés. Cela se traduit par des pertes fiscales importantes pour l’État et met à mal les efforts de gestion durable des forêts.
Face à cette situation délicate, les autorités ont récemment pris des mesures pour encourager une exploitation forestière plus responsable, notamment à travers des incitations fiscales destinées aux entreprises certifiées de gestion durable, avec une réduction des redevances pouvant aller de 25 % à 35 % selon le niveau de conformité environnementale.
Sur le plan international, certains marchés montrent encore un potentiel de croissance, en particulier la demande en bois tropical transformé dans certaines régions d’Europe et d’Asie, bien que cette demande reste volatile et soumise à des évolutions réglementaires strictes.
À l’heure actuelle, l’effritement des recettes issues du commerce du bois au Cameroun illustre à la fois les défis d’un secteur confronté à des choix politiques lourds et l’urgence d’une stratégie plus intégrée qui allie protection des ressources, transformation locale à forte valeur ajoutée et accès à des marchés diversifiés. Sans une adaptation rapide à ces enjeux — et sans une meilleure structuration des opérateurs forestiers formels — la filière risque de continuer à peser moins lourd dans la balance commerciale nationale, alors même qu’elle demeure un pilier historique de l’économie exportatrice du pays.
Raphael Mforlem


