(LVDE) — À l’issue d’une réunion de crise convoquée à Yaoundé, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a tranché le différend opposant plusieurs autorités autour du contrat de scanning des marchandises au Port autonome de Douala-Bonabéri, confirmant la poursuite de l’accord liant l’État à la Société Générale de Surveillance (SGS), et mettant un terme à un bras de fer institutionnel qui avait paralysé cette activité stratégique.
Dans une atmosphère tendue, marquée par des divergences d’interprétation juridique et institutionnelle, le dossier du scanning des conteneurs et autres marchandises au Port de Douala a connu un tournant décisif fin janvier 2026. La question de savoir si le contrat en cours avec la société suisse Société Générale de Surveillance (SGS) devait se poursuivre ou être confié à un nouvel opérateur a mobilisé les plus hautes autorités de l’État.
Le conflit impliquait directement le Directeur général du Port autonome de Douala, Cyrus Ngo’o, qui avait, dans une lettre du 9 décembre 2025, annoncé le remplacement de SGS par Transatlantic D SA à partir du 1ᵉʳ janvier 2026, élargissant le périmètre des opérations de scanning à l’ensemble des flux de marchandises. Cette initiative s’inscrivait dans une logique de modernisation de la surveillance physique et non intrusive des cargaisons, mais elle n’a pas fait consensus.
La réaction au sein du gouvernement ne s’est pas fait attendre. Le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, a adressé une lettre datée du 29 décembre 2025 à la direction du PAD pour rappeler que le Contrat d’Inspection par Scanner (CIS) signé le 2 mars 2015 avec SGS était toujours en vigueur et que les dispositions de ce contrat de partenariat public-privé devaient être respectées, notamment pour sécuriser les recettes douanières.
Cette position a cristallisé les débats, révélant une certaine cacophonie institutionnelle lorsque des instructions présumées émanant de la présidence de la République, via son Secrétaire général, semblaient aller en sens contraire en faveur de Transatlantic D SA. Cependant, ces prescriptions auraient été rapidement contredites lors de la réunion de crise convoquée par le chef du gouvernement.
Le jeudi 29 janvier 2026, à l’issue de deux heures d’échanges à l’Immeuble Étoile à Yaoundé, entouré des ministres concernés y compris celui des Transports, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe et des représentants de l’ensemble des parties prenantes, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a ordonné la reconduction du contrat de SGS jusqu’en 2032, rappelant que seule l’autorité gouvernementale peut décider de la résiliation d’un contrat signé avec l’État, et que ce n’est pas du ressort du Port autonome de Douala de modifier unilatéralement cette convention.
Pour les acteurs économiques et les opérateurs portuaires, cette décision est censée apporter une stabilité juridique et opérationnelle après plusieurs semaines de confusion qui avaient perturbé les activités de scanning initiées par SGS depuis le début de l’année 2026. Ce maintien intervient alors que les opérations de contrôle non intrusif sont jugées essentielles pour la fluidification des opérations douanières, la sécurisation des recettes et le renforcement de la traçabilité des flux commerciaux.
Plus largement, cette affaire illustre les tensions entre différentes instances de l’État camerounais, autour de la gouvernance des infrastructures stratégiques, et ouvre un débat sur l’articulation des responsabilités entre autorités portuaires, tutelles ministérielles et exécutif central. À la fin de la rencontre à Yaoundé, il est apparu que le gouvernement privilégie le respect des cadres contractuels existants et la sécurité juridique pour éviter des litiges coûteux et garantir la continuité des services sur l’un des principaux points d’entrée et de sortie des marchandises du pays.
Dans les jours à venir, l’heure est désormais à la mise en œuvre de cette directive et à la clarification des rôles de chaque acteur, dans un contexte où le port de Douala demeure un pilier de l’économie camerounaise et de l’intégration régionale.
Raphael Mforlem


