(LVDE) — Après dix années d’exploitation du dispositif de scanning des marchandises au port de Douala, le contrat liant l’État camerounais à la société suisse SGS est arrivé à échéance sans être reconduit. En cause : des insuffisances opérationnelles, des retards majeurs dans l’exécution et des enjeux croissants liés à la souveraineté des données douanières.
Depuis le 2 janvier 2026, un nouveau visage encadre les opérations de scanning au Port autonome de Douala. L’entreprise Transatlantic D a officiellement pris le relais de SGS, mettant ainsi un terme à un partenariat entamé en 2015. La décision, validée au plus haut sommet de l’État le 20 mars 2025, marque une rupture stratégique dans la gestion du contrôle non intrusif des marchandises.
Le contrat confié à SGS prévoyait, dès sa signature, l’installation et la mise en service rapide d’équipements modernes capables de couvrir l’ensemble des flux. Or, selon les constats établis par les autorités portuaires, les engagements initiaux n’ont pas été respectés. « Il aura fallu près de sept ans pour voir quatre scanners opérationnels, alors que le cahier des charges imposait un délai de dix mois », confient des responsables proches du dossier. Cette lenteur a considérablement réduit l’efficacité du dispositif face à l’intensité du trafic du premier port du pays.
À cela se sont ajoutées des défaillances techniques récurrentes. L’absence de maintenance régulière a entraîné une dégradation de la qualité des images et des interruptions fréquentes du service. Résultat : certaines cargaisons échappaient partiellement ou totalement au contrôle, créant « des zones mal couvertes » et affaiblissant la lutte contre la fraude. Des pratiques consistant à réaliser certaines opérations en dehors de l’enceinte portuaire ont également soulevé des interrogations sur la fiabilité de la chaîne de contrôle.
Au-delà des aspects techniques, la question de la souveraineté a pesé lourd dans la balance. Le modèle antérieur accordait à un opérateur étranger un accès étendu aux bases de données sensibles de l’administration, notamment celles liées aux valeurs en douane, aux manifestes de cargaisons et à l’analyse des risques. « Cette situation posait un véritable problème de maîtrise des informations stratégiques », reconnaissent plusieurs acteurs institutionnels.
Le mécanisme financier du dispositif précédent faisait aussi débat, avec des clauses jugées déséquilibrées au détriment de l’État. Le versement quasi automatique d’une large part des paiements, même en cas de différend, ainsi que le recours à un arbitrage international hors du territoire national, ont renforcé la volonté des autorités de reprendre la main.
En confiant désormais le scanning à un opérateur local, le Cameroun affiche sa volonté de réorganiser le secteur autour de plus de performance, mais aussi d’un meilleur contrôle public. Pour les usagers du port, l’enjeu est clair : disposer d’un service plus fiable, plus rapide et davantage orienté vers la satisfaction des opérateurs économiques, tout en garantissant la sécurité des recettes et des données nationales.
Source : leconomie.info


