(LVDE) — En une semaine, le marché du cacao au port de Douala enregistre un recul sensible des cours, mettant sous pression les producteurs locaux et questionnant les prévisions optimistes du gouvernement pour la saison 2025-2026. Cette évolution intervient à un moment clé de la campagne, où la saison sèche promet habituellement une stabilisation des prix.
Le 20 janvier 2026, les étals du port de Douala affichent un prix oscillant entre 2100 et 2150 FCFA le kilogramme de fèves de cacao, selon le dernier rapport du Système d’Information des Filières (SIF) piloté par l’Office national du cacao et du café (ONCC). Comparé aux 2425-2525 FCFA constatés le 12 janvier, cette variation représente une chute de plus de 300 FCFA par kilogramme en seulement sept jours, une baisse qui se répercute rapidement jusqu’aux bassins de production.
Les producteurs, déjà confrontés aux contraintes logistiques et climatiques, voient leurs marges réduites alors que la saison sèche, débutée en décembre 2025, est traditionnellement synonyme de hausse des prix. Cette période permet en effet de limiter les décotes appliquées par les acheteurs pour compenser les coûts de transport supplémentaires engendrés par les routes impraticables de la saison des pluies. Les acteurs de la filière espèrent donc que le prix au producteur retrouvera un niveau plus favorable dans les prochaines semaines.
Malgré ce recul, le cacao reste un pilier majeur de l’économie camerounaise. Le gouvernement tablait sur des prix moyens compris entre 3 200 et 5 400 FCFA/kg pour cette saison cacaoyère 2025-2026, des projections qui apparaissent désormais ambitieuses au regard des cotations actuelles. L’évolution des prix pose un véritable défi aux autorités et aux exportateurs, appelés à sécuriser les flux et à soutenir la rentabilité des producteurs.
Le poids économique du cacao au Cameroun ne peut être sous-estimé. La forte progression des cours des dernières années, jusqu’à 6 000 FCFA/kg lors de la saison 2022-2023, avait consolidé son rôle dans les recettes d’exportation. Selon l’Institut national de la statistique, au premier trimestre 2025, le cacao a généré 500,3 milliards FCFA, représentant 44,8 % des revenus totaux à l’export, devançant même les hydrocarbures. Cette performance historique souligne la sensibilité de la filière aux fluctuations du marché et l’importance de dispositifs de suivi comme le SIF pour anticiper les impacts sur les producteurs et l’économie nationale.
Alors que la saison avance, producteurs et autorités scrutent chaque variation de prix. Le défi reste double : maintenir la compétitivité du cacao camerounais sur le marché international tout en assurant des revenus stables aux exploitants locaux, dont le quotidien dépend directement de la volatilité de ces cours. La semaine écoulée rappelle, une fois encore, combien le marché du cacao demeure à la fois moteur de développement et source de vulnérabilité pour le pays.
Amelie Yandal


