L’un des avions du Groupe Air-France
(LVDE) — La compagnie Air France met un terme, à compter du 31 janvier, à la dernière liaison aérienne directe reliant l’Europe à la République centrafricaine. Une décision justifiée par des considérations économiques, mais qui provoque une onde de choc à Bangui et ravive les tensions diplomatiques entre la Centrafrique et la France.
À l’aéroport international Bangui-M’Poko, l’annonce a fait l’effet d’une douche froide. Après plusieurs mois d’incertitude, Air France a confirmé la suspension de ses vols directs entre Paris et Bangui. Le dernier appareil décollera le 31 janvier, refermant une parenthèse symbolique pour de nombreux voyageurs et acteurs économiques centrafricains.
Cette ligne, unique connexion sans escale entre l’Europe et la Centrafrique, était déjà fragilisée. Sa fréquence avait été progressivement réduite à un seul vol par semaine, avec une escale technique à Yaoundé sur le trajet retour. À partir du 1er février, il ne sera donc plus possible de rejoindre directement Bangui depuis Paris.
Selon des sources proches du dossier, la compagnie française invoque une insuffisance de rentabilité pour justifier ce retrait. Désormais, la desserte de Bangui sera assurée via Yaoundé, grâce à deux rotations hebdomadaires opérées les mardis et jeudis en partenariat avec Afrijet FlyGabon, en correspondance avec les vols Paris–Yaoundé.
Mais à Bangui, l’explication économique peine à convaincre. L’affaire a rapidement pris une tournure politique. Le gouvernement centrafricain aurait demandé des éclaircissements à l’ambassadeur de France, tandis que le sujet serait remonté jusqu’aux plus hautes autorités françaises. Le fait que l’État français demeure le principal actionnaire d’Air France-KLM, avec près de 28 % du capital, nourrit l’espoir d’une possible révision de la décision.
Dans les milieux économiques et diplomatiques, la déception est palpable. Plusieurs observateurs dénoncent une mesure perçue comme « contraire à l’esprit de rapprochement » engagé depuis l’accord d’avril 2024 visant à apaiser les relations entre Paris et Bangui. « Les avions sont souvent pleins et, pendant ce temps, d’autres compagnies renforcent leur présence sur le marché centrafricain », souligne un analyste local, mettant en doute l’argument de la non-rentabilité.
Au-delà de la question aérienne, la suspension de cette liaison directe pose un enjeu stratégique pour l’attractivité du pays. Pour les hommes d’affaires, les partenaires internationaux et la diaspora, l’accessibilité de Bangui risque désormais de devenir plus complexe, dans un contexte où la République centrafricaine cherche justement à améliorer son image et à attirer davantage d’investissements.
Sorelle Ninguem


