Direction générale des impôts (DGI)
(LVDE) — Une enquête du Groupement des Entreprises du Cameroun révèle l’ampleur des dégâts économiques causés par les tensions post-électorales d’octobre 2025. En moins d’un mois, l’État a enregistré un manque à gagner fiscal de 43,3 milliards FCFA, tandis que de nombreuses entreprises peinent encore à se relever.
Dans les rues désertées de Douala, Yaoundé et de plusieurs grandes villes, l’activité économique s’est brutalement figée durant les journées dites de « villes mortes ». Ce ralentissement, né dans le sillage de la présidentielle du 12 octobre 2025 et de la période sensible ayant précédé la proclamation des résultats, a laissé des traces profondes dans les comptes publics. Le Rapport d’évaluation et de plaidoyer du GECAM dresse un constat sans détour : en moins d’un mois, le Trésor public a perdu 43,3 milliards FCFA de recettes fiscales.
Au cœur de cette contre-performance, l’incapacité réelle de nombreuses entreprises à honorer leurs obligations. L’étude indique que 43,9 % des sociétés interrogées reconnaissent que la crise a compromis leur capacité à s’acquitter de leurs engagements fiscaux. Retards de paiement, défauts potentiels et tensions de trésorerie sont devenus le quotidien de près d’une entreprise sur deux, révélant une fragilité structurelle exacerbée par le contexte.
La Taxe sur la Valeur Ajoutée, principal moteur des recettes liées à la consommation, concentre l’essentiel des pertes avec 38,9 milliards FCFA non collectés. Ce chiffre traduit à la fois l’effondrement des échanges commerciaux et la contraction du pouvoir d’achat des ménages durant la période de paralysie. À cela s’ajoute un manque à gagner de 4,4 milliards FCFA sur l’acompte d’Impôt sur les Sociétés, signe d’un recul global du chiffre d’affaires des opérateurs économiques.
Sur le terrain, les impacts varient selon les secteurs. Les activités productives apparaissent comme les plus exposées, avec plus de la moitié des entreprises en difficulté. Le bâtiment et les travaux publics paient le plus lourd tribut : l’arrêt des chantiers a plongé près de 86 % des entreprises du secteur dans l’incapacité de respecter leurs obligations fiscales. L’industrie suit la même dynamique, tandis que l’agriculture montre une résilience relative. Les secteurs du transport et du commerce subissent également de fortes pressions, contrairement aux banques et assurances qui affichent une solidité notable.
Face à cette situation, le patronat camerounais avance plusieurs pistes. Il plaide notamment pour un remboursement accéléré des crédits de TVA, la simplification des procédures douanières, la fin de certaines pratiques de double taxation et une réduction de la pression administrative. Pour les entreprises productives, le GECAM propose une véritable respiration fiscale en 2026, assortie de facilités financières et d’un allègement des contrôles.
L’organisation dirigée par Célestin Tawamba précise que son analyse se concentre sur la période critique allant du 26 octobre au 5 novembre 2025, sans intégrer les évolutions économiques ultérieures. Un choix méthodologique qui n’enlève rien à la portée de ce signal d’alarme : au-delà du débat politique, la stabilité reste un enjeu central pour la survie des entreprises et l’équilibre des finances publiques.
Anatole Bidias



