Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la Beac, lors de la cérémonie de lancement des activités de CREDITINFO
(LVDE) — À Douala, le 20 janvier 2026, le lancement officiel de Creditinfo Central Africa marque une étape historique pour la finance en Afrique centrale. Désigné comme premier Bureau d’Information sur le Crédit de la CEMAC, l’opérateur ouvre la voie à une transformation profonde de l’accès au financement, fondée sur la transparence et la confiance.
Dans les salons feutrés d’un grand hôtel de la capitale économique, l’atmosphère est à la fois solennelle et porteuse d’espoir. Autour des responsables de la BEAC, des représentants de la Société Financière Internationale, des dirigeants bancaires et des acteurs de la microfinance, une conviction dominait : l’écosystème financier régional entre dans une nouvelle ère. Avec le démarrage officiel de Creditinfo Central Africa (CICA), agréé en novembre 2025 par la Banque des États de l’Afrique Centrale, la CEMAC se dote enfin d’un outil structurant attendu depuis plus d’une décennie.
Le Bureau d’Information sur le Crédit n’est pas qu’un dispositif technique. Il incarne une réponse concrète à l’un des principaux blocages du financement dans la sous-région : le déficit d’informations fiables sur la solvabilité des emprunteurs. En centralisant les historiques de crédit, en analysant les comportements financiers et en produisant des rapports de solvabilité, CICA permettra aux banques et institutions de mieux apprécier les risques. Pour les ménages et les PME, souvent pénalisés faute de garanties, ce système peut devenir un levier décisif pour accéder plus facilement à des financements adaptés.
Le projet s’inscrit dans une dynamique engagée depuis 2014, à la suite des recommandations issues de la conférence de Libreville de 2013 sur le financement des économies de la CEMAC. Les autorités monétaires y avaient identifié l’asymétrie d’information comme un frein majeur au développement du secteur privé. Depuis, un long travail a été mené : élaboration d’un cadre réglementaire, définition des normes de fonctionnement, mise en place des mécanismes de supervision, puis sélection et agrément d’un premier opérateur.
Pour la BEAC et la COBAC, l’enjeu est double. Il s’agit d’améliorer la qualité des portefeuilles de crédit des établissements financiers en réduisant les créances douteuses, tout en favorisant une baisse progressive du coût du crédit grâce à une meilleure évaluation des risques. La réglementation encadrant les BIC insiste par ailleurs sur la protection des consommateurs, avec des principes clairs de consentement, de confidentialité et de sécurisation des données. Les banques, établissements de microfinance et autres fournisseurs d’informations ont désormais l’obligation de partager leurs données avec les BIC agréés et de consulter les rapports de solvabilité avant toute nouvelle décision de crédit.
Premier opérateur agréé, Creditinfo Central Africa n’est pas appelé à exercer un monopole. Les autorités présentent son entrée en activité comme une phase pilote destinée à éprouver le dispositif et à préparer l’ouverture progressive à d’autres acteurs. Soutenu par l’expertise de la SFI et par un cadre de coopération renforcé avec la BEAC, CICA est désormais au cœur d’une réforme qui ambitionne de rendre le système financier de la CEMAC plus transparent, plus inclusif et plus attractif pour les investisseurs. Une révolution discrète, mais dont les effets pourraient, à terme, redessiner durablement le paysage du crédit en Afrique centrale.
Tressy Chouente


