(LVDE) — Après plusieurs jours de spéculations virales annonçant une prétendue dévaluation imminente du franc CFA, la Banque des États de l’Afrique centrale sort du silence et tente de rassurer les opinions publiques. Déclaration officielle, données macroéconomiques et projections régionales à l’appui, l’institution monétaire démonte méthodiquement une rumeur qui a semé le doute dans les six pays de la CEMAC.
Sur les téléphones portables comme dans les discussions de rue, le même message circulait avec insistance : une dévaluation du franc CFA serait actée lors d’un sommet extraordinaire des chefs d’État prévu le 22 janvier à Brazzaville. La nouvelle, largement relayée sur les réseaux sociaux, a provoqué inquiétude et confusion, ravivant le souvenir encore vif du choc monétaire de 1994.
Face à l’ampleur de la rumeur, la BEAC a décidé de prendre la parole. Le 16 janvier 2026, son gouverneur, Yvon Sana Bangui, a publiquement rejeté toute hypothèse de dévaluation, affirmant avec fermeté qu’aucune décision de cette nature n’était envisagée. Un message clair destiné à couper court aux interprétations alarmistes et à restaurer la confiance.
Au siège de l’institution, le discours se veut rassurant mais lucide. Oui, le contexte économique régional est plus contraint. Oui, la croissance ralentit. Mais les fondamentaux, selon la BEAC, demeurent suffisamment solides pour écarter tout scénario de crise monétaire. Les dernières prévisions situent la croissance de la CEMAC autour de 2,4 % en 2025, avant une reprise attendue à plus de 3 % dès 2026, portée par les investissements publics et la diversification progressive des économies.
Autre indicateur scruté : l’inflation. Là encore, la banque centrale se veut confiante. Les projections évoquent des niveaux contenus, inférieurs au seuil communautaire de 3 %, signe d’une stabilité des prix incompatible avec les situations qui conduisent généralement à une dévaluation.
Les réserves de change, souvent au cœur des inquiétudes, devraient certes reculer légèrement, mais resteraient à un niveau jugé acceptable, avec une couverture des importations supérieure à quatre mois. Surtout, la BEAC mise sur un redressement graduel dans les prochaines années grâce à un meilleur rapatriement des recettes d’exportation et à un encadrement plus strict des opérations de change.
En filigrane, la banque centrale rappelle que la dévaluation n’est pas un acte anodin. Celle de 1994 répondait à une crise profonde, marquée par l’effondrement des réserves, une croissance négative et de lourds déséquilibres macroéconomiques. Rien de comparable aujourd’hui, selon l’analyse officielle.
Derrière ce démenti, la BEAC envoie aussi un message aux États et aux acteurs économiques : la stabilité monétaire reste un effort collectif. Discipline budgétaire, respect des règles financières et coopération régionale sont présentés comme les véritables leviers pour préserver la crédibilité du franc CFA et consolider la confiance des populations.
Tressy Chouente


