Yvon SANA BANGUI, Gouverneur de la BEAC
(LVDE) — Longtemps resté discret, le guichet spécial de refinancement de la BEAC revient sur le devant de la scène. Grâce à ce mécanisme, la banque centrale injecte plus de 72 milliards FCFA dans deux projets structurants au Cameroun : l’extension des réseaux de Camtel et le développement du projet minier de G-Stone, filiale de Bocom.
Dans les bureaux de la BEAC, la décision est passée relativement inaperçue du grand public, mais ses implications sont majeures pour l’économie camerounaise. Il y a quelques semaines, le Comité de politique monétaire a validé une enveloppe globale de 72,5 milliards FCFA destinée à soutenir deux initiatives jugées structurantes. Ce financement transite par le guichet spécial de refinancement, un dispositif hérité des années 1980 et rebaptisé en 2018, qui permet à la banque centrale d’appuyer indirectement les crédits accordés par les établissements commerciaux.
Parmi les bénéficiaires figure G-Stones, filiale minière du groupe Bocom dirigé par Dieudonné Bougne. L’entreprise, engagée dans le développement du projet d’exploitation du gisement de fer de Bipindi Grand-Zambi, obtient 41,2 milliards FCFA. Cette facilité complète un financement plus large sollicité auprès d’un consortium bancaire conduit par Afriland First Bank. Le projet, évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars, ambitionne une production annuelle de plus d’un million de tonnes et alimente de fortes attentes en matière d’industrialisation, d’emplois et de recettes pour l’État.
Camtel bénéficie également de cette dynamique. L’opérateur public des télécommunications a mobilisé un emprunt de 52 milliards FCFA auprès d’un pool bancaire piloté par Commercial Bank Cameroun, dont 31,3 milliards sont refinancés par la BEAC. Ces ressources doivent permettre d’accélérer l’extension des réseaux 2G, 3G et 4G, avec un accent mis sur les capitales régionales, les chefs-lieux de départements ainsi que les universités et grandes écoles, afin de réduire la fracture numérique.
Le mécanisme repose sur un partage des rôles : les banques commerciales montent les dossiers et accordent les crédits, la BEAC refinance jusqu’à 60 % du montant, tandis que les promoteurs apportent leurs fonds propres. Les financements sont consentis sur des maturités longues, autour de sept ans, au taux directeur. Les projets d’un montant supérieur à 20 milliards FCFA relèvent de l’approbation du Comité de politique monétaire, ce qui souligne l’importance stratégique des dossiers Camtel et G-Stones.
Malgré son potentiel, cet instrument reste encore peu exploité dans la CEMAC. À ce jour, seuls le Cameroun et le Congo en tirent réellement parti, avec une progression notable des volumes mobilisés ces dernières années. Sous l’impulsion du gouverneur Yvon Sana Bangui, des réflexions sont engagées pour assouplir les conditions d’accès et encourager davantage d’opérateurs à recourir à ce levier. Pour ses promoteurs, le guichet spécial pourrait devenir un outil clé pour financer des projets d’import-substitution, préserver les réserves de change et soutenir la transformation structurelle des économies de la sous-région, à condition d’être mieux connu et compris par les acteurs économiques. Amelie Yandal


