Grégory Clerc, Directeur General du Groupe Castel
(LVDE) — La bataille pour le contrôle du groupe Castel continue de faire rage. Réuni à Singapour, le conseil d’administration de la holding a finalement maintenu Grégory Clerc à son poste de directeur général, en dépit de l’hostilité affichée par la famille fondatrice. Une crise de gouvernance qui inquiète jusque dans les filiales africaines, où les enjeux économiques sont considérables.
À Singapour, siège stratégique de la holding qui pilote l’empire Castel, l’atmosphère est restée électrique au lendemain du conseil d’administration extraordinaire tenu le 8 janvier. La réunion devait trancher le sort de Grégory Clerc, en poste depuis 2023, mais elle s’est conclue par un statu quo. Contesté par la famille Castel, le dirigeant conserve pour l’heure ses fonctions, au grand dam des héritiers qui dénoncent publiquement un processus bloqué. Dans un communiqué au ton sévère, ils affirment que l’immense majorité des actionnaires s’était prononcée pour son départ, évoquant des procédés destinés à retarder l’échéance.
La crise, largement commentée en Europe, dépasse cependant le cadre d’un simple conflit interne. Sur le continent africain, où le groupe est solidement implanté, l’affaire est suivie avec attention. Castel y contrôle des filiales majeures, dont Boissons du Cameroun à Douala, Solibra en Côte d’Ivoire ou encore la SFBT en Tunisie. Ces entités ne sont pas de simples marques commerciales : elles structurent des filières, emploient des milliers de personnes et pèsent lourdement dans les recettes fiscales de plusieurs États.
Pour l’instant, l’activité quotidienne semble préservée. Les usines tournent, les marchés sont approvisionnés et les équipes poursuivent leurs objectifs. Mais en coulisses, l’inquiétude grandit. Les décisions structurantes – investissements industriels, extensions de capacité, acquisitions – restent fortement dépendantes des arbitrages du siège. Une gouvernance affaiblie pourrait ralentir ces choix stratégiques, dans un environnement où la concurrence internationale se montre de plus en plus agressive.
Certains signaux interpellent déjà. À Douala, un récent conseil d’administration de la filiale locale s’est tenu sans la présence de figures historiques de la gouvernance, nourrissant les interrogations. Parallèlement, Grégory Clerc multiplie les déplacements dans les filiales pour rassurer partenaires et collaborateurs, une démarche perçue par ses soutiens comme un exercice de proximité, mais interprétée par la famille comme une tentative de consolidation personnelle du pouvoir.
Le directeur général met en avant son bilan pour justifier sa légitimité. Il cite des acquisitions réalisées en 2025, l’ouverture d’une distillerie au Congo, le dynamisme des filiales africaines et une progression annoncée des ventes de plus de 6,5 % sur le continent. Des résultats qu’il attribue à l’engagement collectif et qui fondent, selon lui, une ambition de continuité et d’innovation pour 2026.
La famille, elle, conteste cette lecture. Elle reproche au dirigeant une concentration excessive des responsabilités, une gouvernance jugée trop verticale et des décisions prises sans concertation, contraires à l’esprit historique du groupe. Des critiques relayées par certains anciens cadres, qui plaident ouvertement pour un retour de la famille au cœur de la stratégie.
Une nouvelle assemblée générale extraordinaire est annoncée, sans calendrier précis. D’ici là, l’incertitude demeure. Pour de nombreux gouvernements africains, partenaires sociaux et acteurs économiques, l’enjeu dépasse le sort d’un homme : il touche à la stabilité d’un groupe considéré comme un pilier industriel. À l’heure où plusieurs pays misent sur la souveraineté économique et la solidité de leurs champions, une crise prolongée au sommet de Castel pourrait laisser des traces durables.
Amelie Yandal


