(LVDE) — Suite à la viralisation d’une vidéo montrant le DG de Routd’Af confronté à la colère de ses employés, l’entreprise de BTP prend la parole pour annoncer un plan de règlement progressif des salaires impayés. Une démarche qui intervient dans un contexte économique difficile pour le secteur des travaux publics au Cameroun.
La tension est retombée, mais le message de Routd’Af résonne encore dans le monde des travaux publics camerounais. La récente vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, montrant le véhicule d’André Siaka, Directeur Général de l’entreprise, bloqué par des employés réclamant leurs salaires, a mis en lumière une situation longtemps contenue. Dans un communiqué transmis à la rédaction, Routd’Af reconnaît ses responsabilités et exprime ses regrets : « Notre entreprise traverse une période de défis économiques conjoncturels qui impactent négativement notre performance sociale et économique. Cet état de fait nous a contraints à accumuler des arriérés de salaires. Une situation que nous qualifions d’inadmissible et d’inacceptable. Nous partageons la peine que subissent nos salariés et leurs familles devant ce drame », peut-on lire dans le document officiel.
Fondée à Douala le 19 avril 2013 et ayant démarré ses activités en 2014, Routd’Af s’était donnée pour ambition de devenir un acteur majeur du secteur des travaux publics en Afrique d’ici 2020. L’entreprise a rapidement signé ses premiers contrats et participé à des projets emblématiques tels que la réparation des infrastructures endommagées sur la rivière Manyaï en 2016, puis le remplacement des buses par des dalots sur la Nationale N°3, financé sur fonds propres via le Budget d’Investissement Public du MINTP à hauteur de près de 20 milliards FCFA. Sur les 73 buses prévues, Routd’Af en avait remplacé une vingtaine en mars 2025, aux côtés d’autres sociétés comme Razel, MAG Sarl ou Sorcipharm-Union Entreprise.
En dehors de ce chantier, l’entreprise a également été impliquée dans la réhabilitation de la route Mbalmayo-Sangmélima (39,5 km, financée pour environ 7,75 milliards FCFA), dans la rénovation de certaines voies de Douala V, ainsi que dans la construction des clôtures des aéroports internationaux de Yaoundé et Douala. Ces projets, emblématiques de son savoir-faire, n’ont toutefois pas empêché l’accumulation d’arriérés de salaire, conséquence des difficultés économiques rencontrées par Routd’Af et plusieurs acteurs locaux du secteur.
Pour y remédier, l’entreprise a mis en place depuis 2020 un plan de paiement progressif afin de régulariser sa dette envers ses 350 employés. « Nous restons pleinement engagés à honorer nos obligations légales en matière de rémunération et nous visons un règlement complet dans les meilleurs délais », assure la direction. Ce plan s’inscrit dans une volonté de sauvegarder l’entreprise et ses collaborateurs, tout en soulignant la fragilité du tissu des sociétés locales face aux grands chantiers.
Les difficultés de Routd’Af dépassent les murs de l’entreprise et posent une réflexion plus large sur le développement du secteur BTP au Cameroun. L’absence d’une stratégie étatique claire pour transformer les entreprises locales en acteurs de taille comparable aux géants internationaux comme Razel, Arab Contractors ou CHEC freine la montée en puissance des sociétés camerounaises. Dans un pays où la majorité des projets financés par les bailleurs de fonds sont attribués aux entreprises étrangères, le sort de Routd’Af illustre les limites d’un modèle de développement qui peine à consolider les acteurs nationaux, alors que ces derniers restent essentiels pour dynamiser l’économie locale et sécuriser l’emploi.
Routd’Af se veut néanmoins un symbole de résilience et d’engagement. Le plan de paiement des arriérés, s’il est mené à terme, pourrait constituer un exemple de régularisation responsable et de management social dans un secteur où la pression financière et la compétition internationale sont permanentes. La vigilance des employés, l’implication des autorités et la réorganisation interne seront déterminantes pour que l’entreprise retrouve sa stabilité et poursuive ses ambitions dans le paysage des travaux publics camerounais. Anatole Bidia



