Sur les chantiers de construction, dans les salles de conseil d’administration ou au cœur des usines de la zone industrielle de Kribi, ils sont les oreilles et la voix de la coopération bilatérale. Pourtant, derrière le prestige apparent de la langue de Confucius, se cache une réalité sociale souvent précaire que l’Association camerounaise des traducteurs et interprètes de langue chinoise (ACTILC) a décidé d’affronter lors de ses récentes assises à Yaoundé.
Le président de l’association, Franck Deval Fouotsop, a dressé un diagnostic sans concession d’un marché qu’il juge en péril. Selon lui, le paradoxe est saisissant : le volume d’affaires avec les entreprises chinoises explose, mais la valeur marchande de l’interprète local, elle, s’érode. Cette situation s’explique par une longue période de dérégulation qui a permis à certains employeurs de proposer des salaires dérisoires, parfois inférieurs à 100 000 FCFA, pour des missions exigeant pourtant une disponibilité totale et une expertise technique de haut niveau.
Pour l’ACTILC, la solution passe par une normalisation stricte des coûts de prestation. L’organisation vient de franchir une étape décisive en recommandant un salaire minimum de 500 000 FCFA pour les professionnels du secteur. Ce montant ne représente pas seulement une hausse de pouvoir d’achat, mais constitue un signal envoyé aux investisseurs étrangers : la compétence linguistique camerounaise est un actif stratégique qui ne saurait être bradé. L’association rappelle que sans une traduction fidèle, les risques d’accidents de travail, de malentendus contractuels ou de tensions sociales sur les chantiers sont démultipliés.
L’assemblée de Yaoundé a également mis l’accent sur la transmission du « savoir-être ». Pour les nombreux jeunes diplômés présents, l’enjeu était d’apprendre à naviguer dans les codes complexes du monde des affaires chinois. Francis Nsom, membre actif de l’organisation, a insisté sur l’importance de ce changement de psychologie professionnelle. Selon lui, sortir de la précarité demande autant de rigueur dans l’éthique que de solidarité entre confrères pour éviter la concurrence déloyale par le bas.
En ligne de mire, l’ACTILC prépare déjà l’étape suivante de son institutionnalisation avec le projet d’une Fédération camerounaise des traducteurs et interprètes. En structurant ainsi la profession, les traducteurs de chinois espèrent transformer leur métier en un véritable corps de métier protégé, capable de peser dans les grandes négociations qui dessinent le paysage économique du Cameroun de demain.


