(LVE) – Samira Ramatou, Ambassadrice de l’OIC-COMSTECH, voit les défis comme des opportunités d’innovation. Elle mise sur la mobilisation de la diaspora scientifique africaine, le mentorat et les partenariats public-privé. Pour elle, la « résilience africaine commence par la confiance en nos propres capacités scientifiques », seule voie pour valoriser la créativité locale.
Pouvez-vous nous parler de vos actions en tant qu’Ambassadrice de l’OIC-COMSTECH ?
Mon mandat d’Ambassadrice du COMSTECH au Cameroun s’inscrit dans une dynamique de coopération scientifique, technologique et humaine en œuvrant pour positionner la science, la technologie et l’innovation (STI) comme leviers stratégiques de développement et d’intégration dans le monde islamique. Ainsi, depuis ma nomination, j’ai orienté mes efforts vers la valorisation des compétences locales, la mobilisation de la jeunesse scientifique et la promotion de la science inclusive et le développement du capital humain scientifique.
J’ai initié et conduit la Campagne nationale STEAM/COMSTECH placée sous le thème : « Les STEM comme source d’intégrité et de coopération dans le monde islamique », qui ne se limite pas aux écoles et universités, mais s’étend aussi aux orphelinats et zones vulnérables, afin d’y semer la graine de la curiosité scientifique et de l’espoir, et en particulier susciter des vocations scientifiques chez les jeunes, particulièrement les filles, et à créer un écosystème de leadership scientifique inclusif. Cette approche innovante traduit ma conviction que la science doit être accessible à tous, sans distinction sociale ni géographique.
Parallèlement sur le plan international, j’ai pris part à plusieurs forums et programmes internationaux, notamment au WPC Energy Youth Forum et bien d’autres et je compte participer Incha ALLAH à la COP30 qui s’inscrit dans la promotion d’une diplomatie scientifique verte, où je vais porter la voix de la jeunesse africaine et du leadership féminin dans les transitions énergétique et climatique. À travers ces actions, je traduis sur le terrain la vision du COMSTECH : une diplomatie scientifique au service du développement durable et de la solidarité islamique.
Quels sont les domaines de recherche prioritaires pour le COMSTECH et pourquoi ?
Les énergies renouvelables et la transition bas-carbone, essentielles pour affronter les défis du climat et réduire la dépendance énergétique ;
La gestion durable de l’eau et la sécurité alimentaire, pour renforcer la résilience des populations ;
La biotechnologie, la santé publique et la recherche pharmaceutique, domaines stratégiques révélés par la pandémie. À titre illustratif, une caravane médicale se déploie dans les pays membres de l’ICO ;
Les technologies émergentes (l’intelligence artificielle, la robotique, la géoscience appliquée et les data science et bien d’autres), indispensables à la transformation numérique du monde islamique ;
Et enfin, le développement du capital humain scientifique, à travers la formation, la recherche appliquée et l’innovation locale.
Ces domaines traduisent une volonté commune : faire de la science une force de souveraineté et de progrès collectif.
Comment COMSTECH encourage-t-il la participation des jeunes dans les domaines scientifiques et technologiques ?
Le COMSTECH croit profondément que la jeunesse est le laboratoire vivant de l’avenir. Nos actions visent à rendre la science attractive, participative et utile pour les jeunes. Nous offrons des bourses, formations et échanges de recherche pour les jeunes talents issus des pays membres de l’OCI et même au-delà.
Au Cameroun, la Campagne STEAM a permis d’impliquer directement des élèves, étudiants, jeunes chercheurs et innovateurs à travers des ateliers, des concours scientifiques et en prélude des visites de laboratoires. Nous travaillons également à la formation des formateurs dans les prochaines semaines, afin que la culture scientifique se diffuse durablement.
Au-delà du cadre éducatif, j’ai voulu toucher les zones vulnérables (Extrême-Nord) : orphelinats, établissements ruraux et communautés défavorisées, parce que l’intelligence ne connaît pas de frontières, et que chaque enfant, même dans un village reculé, peut devenir un acteur du changement s’il en reçoit les moyens et l’inspiration.
Au Cameroun, quel bilan faites-vous des actions d’OIC-COMSTECH ? En d’autres termes, quels sont les résultats concrets des projets et programmes mis en place par le COMSTECH au niveau local ?
Le bilan est profondément encourageant. En quelques mois, nous avons bâti un réseau solide de coopération scientifique avec des institutions telles que le MINRESI, le MINPOSTEL, et l’UNESCO, dans le cadre de programmes conjoints de renforcement de capacités.
Sur le plan institutionnel, le partenariat MINRESI-COMSTECH a fait l’objet de la désignation d’un Point Focal en ce qui concerne les politiques scientifiques et technologiques dudit Ministère et en parallèle, les chercheurs camerounais ont bénéficié d’une première phase de la formation concernant la rédaction de projets bancables fait par les Experts du COMSTECH, ce qui représente une étape essentielle pour attirer les financements internationaux.
Sur le plan social, la Campagne STEAM a touché plusieurs centaines de jeunes et d’enfants, créant une nouvelle génération de passionnés de science et de technologie. Nous comptons également initier des projets pilotes en IA, robotique éducative et entrepreneuriat scientifique, soutenus par des enseignants et chercheurs locaux.
Sur le plan international, plusieurs jeunes camerounais ont bénéficié des programmes de bourses, de mobilité, d’échanges et de mentorat internationaux. Ce bilan démontre que le Cameroun peut devenir un modèle d’innovation et de coopération scientifique dans l’espace islamique.
Quels sont les principaux défis que le COMSTECH rencontre dans sa mission de renforcer la coopération scientifique et technologique des jeunes camerounais ?
Pour COMSTEH, chaque défi est une opportunité d’innovation. Nous travaillons à créer des partenariats public-privé, à mobiliser la diaspora scientifique africaine, à créer des cadres de mentorat et de leadership scientifique pour les femmes et les jeunes et à développer des incubateurs régionaux pour valoriser la créativité locale. Je considère que la résilience africaine commence par la confiance en nos propres capacités scientifiques.
Comment le COMSTECH soutient-il l’intégration des femmes dans les domaines scientifiques et technologiques ?
L’intégration féminine n’est pas un slogan pour le COMSTECH, c’est une stratégie institutionnelle. À travers le programme “Women in Science and Technology (WiST)”, nous accompagnons les femmes dans la recherche, l’innovation et l’entrepreneuriat technologique. Au Cameroun, nous avons intégré un module “Leadership féminin et STEM” dans la campagne nationale, afin d’inspirer et de préparer la prochaine génération de femmes ingénieures, chercheuses et décideuses. Dans mes missions, j’ai veillé à ce que chaque action, chaque formation et chaque programme intègre une dimension genre et ma conviction est claire : « le progrès scientifique sans la femme est une évolution incomplète et lorsqu’une femme accède à la science, c’est toute une communauté qui s’élève » c’est pourquoi j’associe systématiquement le leadership féminin dans chacune de mes interventions.
Comment évaluez-vous l’impact des programmes et projets de votre organisation ?
Nous mesurons l’impact selon trois dimensions :
- L’effet multiplicateur : le nombre de jeunes et de femmes formés et sensibilisés ;
- L’ancrage institutionnel : Les partenariats institutionnels noués (les ministères, universités et collectivités) ;
- Les innovations locales initiées ;
- Et la visibilité internationale du Cameroun dans le domaine scientifique.
Ces critères traduisent notre vision d’une coopération scientifique durable, où chaque action contribue à bâtir un écosystème national de recherche compétitif et inclusif.
L’impact se mesure aussi dans les changements de mentalités : les jeunes croient à nouveau en la science, les institutions collaborent davantage, et la société reconnaît le rôle essentiel de la technologie dans le développement.
Quels sont les messages que vous souhaitez transmettre aux lecteurs et aux décideurs politiques concernant l’importance de la coopération scientifique et technologique dans le monde islamique ?
Je voudrais leur dire, avec la conviction qui anime chacune de mes actions, que la diplomatie scientifique est aujourd’hui la nouvelle diplomatie du développement, dans un monde en quête d’équilibre, elle devient ce pont silencieux mais puissant qui relie les nations par la connaissance, la recherche et l’innovation partagée. La coopération scientifique entre États du Sud, lorsqu’elle est soutenue l’un des partenaires visionnaires tels que le COMSTECH, représente bien plus qu’un partenariat : c’est un pacte d’avenir, un engagement pour la paix, la stabilité et la prospérité collective.
Je lance un appel aux décideurs publics : Investissez dans la jeunesse scientifique, dans la recherche appliquée et dans la formation féminine, car un pays qui mise sur son capital scientifique construit sa propre souveraineté. En outre, apporter des soutiens institutionnels afin de faciliter les missions du COMSTECH.
Il est important de rappeler que la science est un langage universel qui transcende les frontières, les croyances et les crises, elle relie les cœurs autant qu’elle éclaire les esprits. Et comme j’aime le rappeler : « Former un jeune à la science, c’est construire la paix par la connaissance. », ma Aujourd’hui, plus que jamais, je crois à la puissance d’une Afrique qui dialogue par l’innovation, se relève par le savoir et rayonne par l’excellence. C’est cela diplomatie : une diplomatie de conviction, d’élégance et de transformation.


