Pr James Mouangue Kobila, Président de la Commission des Droits de l'Homme du Cameroun (CDHC)
(LVDE) – À l’occasion de la 77e Journée internationale des Droits de l’homme, célébrée le 10 décembre 2025, le président de la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC), le Pr James Mouangue Kobila, a livré une déclaration forte. Entre bilan, inquiétudes sécuritaires et avancées notables, la CDHC exhorte tous les acteurs – publics, privés et citoyens – à renforcer leur implication pour faire des droits humains des repères quotidiens, au moment où le pays traverse une période sensible.
Au Cameroun, la Journée internationale des droits de l’homme prend cette année une dimension particulière, alors que le pays sort tout juste des tensions post-électorales et s’apprête à entrer dans une nouvelle phase politique. Dans une déclaration rendue publique le 10 décembre 2025, le président de la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC), le Pr James Mouangue Kobila, souligne d’emblée que « les droits humains ne sont pas des concepts abstraits ; ils constituent nos essentiels du quotidien ». Un rappel qui fait écho au thème retenu par les Nations Unies pour l’édition 2025 : « Droits humains, nos essentiels de tous les jours ». Cette notion sert de fil conducteur à une prise de position dense, nourrie de constats récents et d’alertes pressantes.
Depuis plusieurs mois, la Commission multiplie les interventions. Elle rappelle les efforts consentis pour intégrer les droits humains à la vie courante, citant notamment l’initiative du MINJEC du 17 septembre 2025 à Yaoundé, un dialogue national autour de la paix, réunissant acteurs locaux et diaspora connectée en ligne. L’enjeu était de prévenir les fractures, à quelques jours de la Journée internationale de la paix.
Le contexte sécuritaire reste néanmoins préoccupant. À la veille de la rentrée scolaire 2025-2026 et de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, une évaluation spéciale présidée par le ministre de la Défense avait déjà tiré la sonnette d’alarme : attaques contre élèves, enseignants et établissements, enlèvements contre rançon, menaces sur les forces de sécurité. Autant de réalités qui, selon la CDHC, montrent combien les droits à l’éducation, à la sécurité et à l’intégrité physique demeurent fragiles.
Le président de la Commission souligne également une actualité brûlante : la prise en charge des personnes interpellées après les violences post-électorales. En tant que Mécanisme national de prévention de la torture, la CDHC a visité l’ensemble des lieux de garde à vue concernés les 2, 12 et 13 novembre 2025, puis à nouveau le 8 décembre. Certaines personnes avaient été libérées, d’autres transférées à la prison centrale de Yaoundé. Un drame est toutefois venu assombrir le tableau : le décès d’Anicet Ekane le 1er décembre, survenu en garde à vue. La Commission salue l’ouverture d’une enquête et affirme « veiller au respect du droit à un procès équitable ».
Au-delà des cas individuels, la CDHC revendique un rôle accru sur la scène africaine. Sa participation à la 35e session du Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant, tenue du 26 novembre au 5 décembre 2025 à Maseru, témoigne d’une volonté de renforcer la supervision des droits spécifiques des plus vulnérables. Le Pr Mouangue y avait présenté une communication sur le rôle des institutions nationales dans l’application des recommandations du Comité.
Le reportage ne serait pas complet sans évoquer l’affaire des cinq observateurs électoraux de l’ONG Un Monde Avenir, interpellés le 12 octobre à Ngaoundéré 3ᵉ. Sans accréditation, ils avaient été placés en garde à vue. Les interventions de la CDHC ont permis leur libération le 14 octobre, puis celle de leur garant le 12 novembre.
Au terme de sa déclaration, la Commission appelle à « intensifier les efforts » : administrations publiques, collectivités territoriales, ONG, partenaires techniques, secteur privé et citoyens sont invités à considérer la réalisation des droits humains comme une responsabilité partagée. Dans un Cameroun en quête de stabilité, l’appel résonne comme une mise en garde, mais aussi comme un espoir : celui de voir chaque droit devenir, enfin, un essentiel vécu au quotidien.
Amélie Yandal


