Stade d’Olembe à Yaoundé
(LVDE) – Cette enveloppe, estimée à 267 milliards FCFA, que revendiquent les sociétés italienne Piccini SPA et canadienne Magil Construction à l’État du Cameroun, résulte des dommages et intérêts liés au projet inachevé de construction du stade d’Olembe. Transformée aujourd’hui en un double contentieux à forte implication financière, cette situation pourrait mettre en péril les finances publiques et compromettre le développement du pays.
Le chantier du stade d’Olembe à Yaoundé, déjà controversé et inachevé, est à l’origine d’un contentieux arbitral de grande ampleur impliquant l’État camerounais et deux entreprises étrangères : l’italien Piccini SPA et le canadien Magil Construction. Ce différend pourrait coûter à l’État près de 267 milliards FCFA, un fardeau qui inquiète vivement les autorités financières, notamment la Chambre des Comptes du Cameroun, qui suit de près ces évolutions.
Le litige majeur, portant sur 250 milliards FCFA, oppose l’État à la société Piccini SPA. Cette dernière affirme avoir été abusivement évincée en novembre 2019 d’un contrat qu’elle estimait totalement réalisable. Ce contrat, signé en décembre 2015, portait sur la construction d’une enceinte multifonctionnelle de 60 000 places, accompagnée d’un complexe comportant un hôtel, un centre commercial et plusieurs infrastructures sportives. Selon Piccini, la résiliation, justifiée par des « retards accumulés » qui menaçaient la tenue de la Coupe d’Afrique des Nations 2021, a été mal fondée. L’entreprise a donc décidé d’engager une procédure d’arbitrage auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) à Washington.
Pour le gouvernement camerounais, la décision de résilier le contrat était nécessaire pour respecter le calendrier de la compétition. L’enjeu est crucial, car une éventuelle condamnation à hauteur des demandes de Piccini serait l’une des plus marquantes jamais prononcées contre un pays de la région. Outre Piccini, Magil Construction a également engagé un contentieux en réclamant 17 milliards FCFA à la Chambre de commerce internationale (CCI) de Paris. Cette entreprise déclare que l’État n’a pas fourni les financements nécessaires à l’avancement des travaux, les contraignant ainsi à résilier leur contrat.
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Cependant, l’État conteste cette affirmation en précisant que Magil a déjà reçu 42 milliards FCFA, un montant largement au-dessus des 22 milliards initialement prévus, tandis que l’avancement du chantier demeure très insuffisant. Les retards et le manque d’avancement sont aggravés par des dettes de l’entreprise s’élevant à 13 milliards FCFA envers ses fournisseurs, ce qui soulève des questions sur sa capacité à mener le projet à bien.
Actuellement, le chantier est à l’arrêt complet depuis 2022, ajoutant une pression financière considérable sur le budget national. La Chambre des Comptes qualifie ce risque d’ »indéterminé », l’impact final dépendant des résultats des arbitrages en cours. Face à des échecs successifs dans la collaboration avec ces prestataires internationaux, le gouvernement camerounais envisage une reprise du projet « en régie », c’est-à-dire avec une gestion directe par le ministère des Sports. Cette décision serait rare pour un chantier de cette envergure, mais elle pourrait s’avérer nécessaire pour relancer la construction de l’infrastructure tant attendue.
Alors que les procédures légales s’intensifient, le destin du stade d’Olembe, symbole de la modernisation du sport au Cameroun, demeure en suspens. Le gouvernement est confronté à un double défi : résoudre ces litiges tout en préservant les intérêts publics. Dans ce contexte incertain, chaque décision prise pourrait avoir des conséquences durables sur le paysage sportif et économique du pays.
Raphael Mforlem


