Gwendoline Abunaw, Présidente de l’Apeccam
(LVDE) – Dans une lettre datée du 6 octobre 2025 et adressée à la Cobac, l’Apeccam dénonce des tensions inquiétantes entre la Caisse des Dépôts et Consignations (Cdec) et le secteur bancaire camerounais, lesquelles pourraient nuire à la stabilité financière du pays. Les accusations portent sur des plaintes et saisies qui aggravent une situation déjà délicate.
Le secteur bancaire camerounais se trouve en proie à des incertitudes croissantes, exacerbées par les actions controversées de la Caisse des Dépôts et Consignations (Cdec). Dans une lettre adressée le 6 octobre 2025 à la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (Cobac), la présidente de l’Association Professionnelle des Établissements de Crédit du Cameroun (Apeccam) Gwendoline Abunaw, a exprimé ses craintes face à un risque imminent de crise. La Cdec est accusée d’avoir intenté des actions en justice pour détournement de fonds publics contre des dirigeants de banques et d’avoir engagé des saisies d’un montant de plusieurs milliards FCFA sur des établissements de crédit.
Depuis plusieurs mois, la Cdec ne se contente pas d’intenter des actions judiciaires. Elle a également envoyé des missives menaçantes aux maisons-mères de banques internationales, semant la panique au sein du secteur. Les plaintes déposées et les moyens coercitifs utilisés par la Cdec suscitent des préoccupations quant à la confiance du public dans le système bancaire camerounais. Les actions de la Cdec sont interprétées comme un moyen de récupérer des fonds qu’elle estime lui revenir, notamment des avoirs en déshérence associés à des comptes inactifs.
Face à ce climat de méfiance, la Cobac a pris l’initiative d’élaborer une réglementation communautaire visant à standardiser la gestion des avoirs en déshérence. Ce processus, qui a gagné en urgence depuis 2024, vise à protéger les déposants et à faciliter le transfert de fonds aux Caisses des Dépôts et Consignations. En juillet 2025, le Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac) a adopté d’importants règlements concernant les conditions d’exercice et la supervision des Caisses. Ces règlements, en vigueur depuis septembre 2025, imposent des obligations aux établissements de crédit en matière de suivi des comptes inactifs et de transfert des fonds en déshérence.
Néanmoins, la Cdec continue de mener des actions judiciaires, semblant ignorer les nouvelles réglementations. Cette situation interpelle, d’autant plus que ces initiatives pourraient miner la crédibilité du système bancaire camerounais. En effet, le président de la Cobac a rappelé par courrier que certaines actions de la Cdec sont en contradiction avec les dispositions en vigueur.
En parallèle aux tensions liées aux avoirs en déshérence, la présidente de l’Apeccam a soulevé une autre problématique d’importance. Elle a dénoncé des exigences récentes en matière de cautionnement pour les marchés publics, considérées comme inappropriées et non conformes aux normes en vigueur. Ces nouvelles règles pourraient aggraver la gestion de la trésorerie des établissements de crédit et augmenter les difficultés financières.
La pression sur le secteur bancaire est d’autant plus perceptible que les établissements de crédit tentent de se conformer aux nouvelles exigences réglementaires. En mai 2025, la Cobac a demandé à ces institutions de lui faire le rapport sur le volume des avoirs en déshérence, en vue de leur transfert à la Cdec, suivi de la mise en place d’astreintes pour ceux qui ne respectaient pas cette directive. Ce climat d’incertitude ne permet guère aux banques de fonctionner efficacement, laissant planer des doutes sur leur viabilité à long terme.
Dans l’optique d’amener les dirigeants de la Cdec à reconsidérer leurs actions face à une réglementation visant à garantir la stabilité et la confiance dans le système, la Cobac a sollicité, dans une correspondance datée du 22 octobre 2025, l’intervention de l’Autorité monétaire nationale (le ministre des Finances) pour ramener le calme dans ce secteur devenu chaotique. Alors que le Cameroun lutte pour stabiliser son environnement économique, les acteurs du secteur bancaire attendent désespérément des solutions rapides pour éviter un effondrement de la confiance, indispensable à la croissance économique.
Ces défis, s’ils ne sont pas résolus rapidement, pourraient entraîner des conséquences néfastes non seulement pour les banques, mais également pour l’économie camerounaise dans son ensemble. La résolution de ces tensions s’avère essentielle pour assurer un avenir financier sain et prospère pour le Cameroun.
Raphael Mforlem


