Siege de la Bourse des valeurs mobilières de l'Afrique centrale (Bvmac)
(LVDE) – La Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) et la Banque africaine de développement (BAD) tentent de revitaliser la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (Bvmac) avec un financement de 223 780 dollars. Cependant, l’appel à manifestation d’intérêt lancé en juillet 2025 n’a pas réussi à susciter l’attention des entreprises.
La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (Bvmac) fait face à des défis majeurs, malgré les efforts de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) et de la Banque africaine de développement (BAD) pour dynamiser son activité. Avec une enveloppe de 223 780 dollars, soit près de 143 millions FCFA, les deux institutions ont lancé un projet visant à encourager les entreprises à s’introduire en bourse. Toutefois, l’appel à manifestation d’intérêt publié le 2 juillet 2025 s’est soldé par un échec, faute de propositions suffisantes.
Ce revers est survenu dans le cadre du Projet d’appui au marché financier unifié d’Afrique centrale (Pamfuac), qui est mis en œuvre par l’Unité de gestion des réformes des institutions financières de la Cemac. L’initiative, soutenue par le Fonds d’aide au secteur privé africain (Fapa), avait pour but de financer une partie des coûts d’introduction en bourse pour quatre entreprises régionales. Les frais concernés incluaient les commissions aux régulateurs, les honoraires juridiques et la rémunération des commissaires aux comptes. En théorie, cette aide visait à lever l’un des principaux obstacles à la cotation, à savoir le coût initial souvent jugé prohibitif par les entreprises de la région.
L’unification du marché financier régional en 2019 avait créé des attentes élevées. Les six États membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) — Cameroun, Gabon, Congo, Tchad, Guinée équatoriale et Centrafrique — avaient pris l’engagement d’ouvrir le capital d’entreprises publiques à la Bvmac. Cependant, en six ans, seules deux sociétés ont franchi le pas, soulignant une inertie préoccupante. Selon les régulateurs, 17 entreprises publiques avaient été identifiées dans cinq pays pour une éventuelle cotation, mais la plupart restent à l’état de projet.
Louis Banga Ntolo, directeur général de la Bvmac, a expliqué que : « Cette réticence s’explique par la volonté des dirigeants d’éviter une évaluation publique de leur gouvernance. Au Cameroun, les autorités mettent en avant la nécessité de restructurer ces entreprises avant toute ouverture de capital. Des sociétés comme Aéroports du Cameroun et Sodecoton bénéficient d’un accompagnement technique de l’Agence française de développement (AFD) pour moderniser leur gouvernance et leur fonctionnement. »
Ce processus, bien que nécessaire, retarde la réalisation des cotations promises depuis 2019. De plus, la domination du marché des titres publics, géré par la Beac, constitue un obstacle additionnel. Ce marché attire la majorité des flux financiers, tant des investisseurs institutionnels que des États, en raison de sa souplesse et de son risque perçu comme moindre. A fin mars 2025, l’encours total des titres émis par les États de la Cemac atteignait près de 8 500 milliards FCFA, contre moins de 5 000 milliards cinq ans plus tôt.
Les trésors nationaux privilégient ainsi les émissions de bons et d’obligations publiques, au détriment des mécanismes de financement privé. Un rapport technique de la Beac publié au premier trimestre 2025 note que cette orientation freine le développement du marché boursier régional, qui est censé canaliser l’épargne locale vers le financement productif.
En somme, malgré les initiatives de la Beac et de la BAD, les entreprises continuent de bouder l’offre de la Bvmac, freinées par des coûts élevés, des réticences organisationnelles et une préférence marquée pour les titres publics. L’avenir de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale dépendra de la capacité des acteurs à surmonter ces obstacles et à restaurer la confiance des investisseurs.
Tressy Chouente


