(LVDE) – La Sonatrel, chargée du transport d’électricité au Cameroun, montre des signes de faiblesse. Pour remédier à cette situation, le gouvernement projette d’ouvrir ce secteur stratégique aux capitaux privés. Cette initiative vise à stabiliser l’approvisionnement électrique et moderniser les infrastructures vieillissantes.
Au Cameroun, le paysage du transport d’électricité est sur le point de connaître un profond bouleversement. Face aux insuffisances de la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel), l’État camerounais a décidé d’ouvrir ce marché aux investissements privés. Cette démarche s’inscrit dans la stratégie du Compact énergétique national, qui ambitionne de mobiliser 12,5 milliards USD d’ici 2030 pour soutenir le secteur électrique. L’objectif principal est d’assurer une fourniture fiable d’électricité tout en renforçant la viabilité financière du système.
Depuis sa création en 2018, la Sonatrel a eu la lourde tâche de gérer le transport électrique, mais elle peine à remplir ce rôle crucial. Selon le ministère de l’Eau et de l’Énergie, près de 30 % de la production d’électricité se perd dans les lignes, en raison d’infrastructures obsolètes et d’un entretien insuffisant. Cette situation critique appelle à une réforme afin de renforcer le maillon essentiel du transport et d’optimiser l’évacuation de l’électricité générée par les nouveaux barrages, tels que Nachtigal (420 MW), Kikot et Grand Eweng. L’objectif est de relier efficacement le réseau national d’ici 2028. Actuellement, le pays dispose de 3 405 km de lignes de transport, dont 1 921 km en 225 kV. Toutefois, le réseau est souvent saturé et mal réparti, entraînant des coupures fréquentes, particulièrement dans le Réseau interconnecté Sud (RIS), une situation que la Banque mondiale décrit comme « insuffisante ».
Des initiatives commencent à émerger pour améliorer cette situation. À Douala, par exemple, la Sonatrel a récemment signé un accord avec Prometal pour établir un raccordement direct en haute tension de 50 à 75 MVA, garantissant ainsi une alimentation stable pour le principal sidérurgiste du pays. Sur le plan régional, le Projet d’interconnexion Cameroun–Tchad (PIRECT) a pour but d’exporter jusqu’à 100 MW vers N’Djamena. Cependant, ce projet rencontre un déficit de financement de 150 milliards FCFA, compromettant son calendrier et augmentant ses coûts.
L’ouverture du secteur du transport aux capitaux privés est perçue par le gouvernement comme un moyen de dynamiser les projets d’infrastructure tout en soulageant les finances publiques. Le Compact énergétique fixe des objectifs clairs : attirer des partenaires internationaux, améliorer les interconnexions et réduire les pertes techniques.
Cette réforme marque une transition d’un monopole étatique rigide vers un modèle hybride, associant le secteur public et le privé. Bien que ce changement soit délicat, il est devenu indispensable pour garantir la sécurité énergétique d’un pays en quête d’industrialisation. En arrière-plan, un défi majeur demeure : convaincre les investisseurs que le système électrique camerounais peut enfin fonctionner sans interruptions, tant financières qu’électriques.
La réussite de cette initiative dépendra également de la mise en place d’un cadre réglementaire solide et d’une gouvernance transparente. Le gouvernement devra garantir que les risques sont bien répartis entre les partenaires, afin d’attirer des investissements significatifs et de garantir la rentabilité des projets. Le chemin à parcourir reste semé d’embûches, mais les perspectives d’un système électrique modernisé et fiable sont à portée de main.
Ainsi, l’avenir du transport d’électricité au Cameroun s’annonce prometteur, avec l’espoir que l’intégration des investissements privés améliorera non seulement l’approvisionnement en électricité, mais également le cadre économique du pays. Dans cette dynamique, les enjeux sont cruciaux pour le développement industriel et l’amélioration des conditions de vie des Camerounais.
Amelie Yandal (Source : https://www.investiraucameroun.com/)


