Yvon Sana Bangui, Governor of BEAC
(LVDE) –La Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) a proposé le 7 octobre dernier, un montant record de 700 milliards FCFA en liquidité aux banques de la Cemac. Pourtant, cette offre n’a pas suffi à satisfaire une demande qui atteint 817 milliards FCFA, révélant les défis du marché du crédit dans la région.
Le 7 octobre 2025, un événement marquant s’est produit dans le secteur bancaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). La Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) a annoncé une injection de liquidité inédite, offrant 700 milliards FCFA aux institutions financières de la région. Cependant, malgré ce montant record, l’opération a révélé une réalité préoccupante : la demande des banques a dépassé les prévisions, atteignant 817 milliards FCFA, un écart qui souligne les tensions qui règnent actuellement sur le marché du crédit.
Cette situation est symptomatique de la dynamique actuelle dans la région, marquée par la rentrée scolaire et universitaire, période durant laquelle les établissements financiers voient une augmentation significative des crédits scolaires. Les banques commerciales, face à cette forte demande, se tournent vers la Beac pour obtenir le refinancement nécessaire. Ce besoin accru de liquidité est particulièrement prononcé au Cameroun, qui représente à lui seul 40 % du réseau bancaire de la Cemac, mettant en lumière l’importance de ce pays dans l’écosystème financier régional.
Depuis l’abaissement du taux d’intérêt des appels d’offres (Tiao) en mars 2025, une tendance à la hausse de la demande de liquidité s’est intensifiée. Ce taux, qui détermine le coût du refinancement pour les banques commerciales, avait été progressivement ajusté pour encourager l’accès au crédit. Cette décision marquait la fin d’une période de politique monétaire restrictive, durant laquelle la Beac avait augmenté le Tiao pour lutter contre l’inflation, limitant ainsi l’accès au crédit.
Les institutions financières de la Cemac tentent de s’adapter à ces changements en augmentant leur recours au guichet de la Beac, espérant que ces mesures leur permettront de mieux répondre aux besoins croissants des consommateurs et des entreprises. Cependant, le fait que la demande excède largement l’offre de liquidité soulève des interrogations sur la capacité des banques à soutenir l’économie dans un contexte aussi dynamique.
La Beac, consciente de la situation, se trouve dans une position délicate. Bien qu’elle ait réussi à fournir une somme record, la réalité du marché indique que des ajustements supplémentaires pourraient être nécessaires pour répondre aux besoins des banques. Les experts soulignent que cette situation pourrait nécessiter une réévaluation des politiques monétaires en place, afin de garantir que les établissements de crédit disposent des ressources nécessaires pour continuer à financer l’économie de la région.
À l’heure où la Cemac se prépare à faire face à des défis économiques majeurs, la question de la liquidité et de l’accès au crédit devient cruciale. Les acteurs du marché surveillent de près les prochaines décisions de la Beac, qui pourrait être amenée à poursuivre ses efforts pour stabiliser le système bancaire et soutenir le développement économique des États membres. Dans un contexte où la demande de crédit est en pleine expansion, il est essentiel que les institutions financières et la banque centrale trouvent un équilibre qui permettra de soutenir la croissance sans compromettre la stabilité économique.
La situation actuelle dans la Cemac est un reflet des défis plus larges auxquels sont confrontés les pays de la région. Alors que les banques cherchent à répondre à une demande en hausse, la Beac devra naviguer avec prudence pour assurer une liquidité adéquate, tout en évitant de raviver des tensions inflationnistes. Dans ce paysage complexe, l’avenir du marché du crédit dans la Cemac dépendra de la capacité de tous les acteurs à s’adapter et à innover face aux réalités changeantes de l’économie régionale.
Amelie Yandal



