(LVDE) – La Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) se propose de financer jusqu’à 150 milliards FCFA pour la réhabilitation de la raffinerie Sonara, touchée par un incendie en 2019. Ce soutien, via son guichet B, pourrait transformer le paysage énergétique du Cameroun.
Le 29 septembre 2025, lors de la clôture de la troisième session du Comité de politique monétaire de la Beac, le gouverneur Yvon Sana Bangui a révélé que l’institution est prête à soutenir la réhabilitation de la Société nationale de raffinage (Sonara) au Cameroun, ravagée par un incendie en mai 2019. Cette initiative s’inscrit dans une volonté de dynamiser le secteur productif au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), qui regroupe six pays : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et République centrafricaine.
La Beac souhaite activer son guichet B, spécifiquement dédié au refinancement des crédits à moyen terme pour des projets d’investissement productifs. « Ce guichet a pour vocation de financer des projets dans le secteur productif. Nous avons pris l’initiative de nous rapprocher des autorités camerounaises pour leur présenter cet instrument qui pourrait accompagner la réhabilitation de la Sonara », a déclaré Yvon Sana Bangui.
Le gouvernement camerounais évalue le coût total des travaux de réhabilitation de la Sonara à environ 250 milliards FCFA. Selon les informations obtenues, la Beac propose de financer 60 % de ce montant, soit 150 milliards FCFA. Cependant, malgré cette offre généreuse, les autorités camerounaises n’ont pas encore donné suite, ce qui soulève des interrogations quant à leur volonté de saisir cette opportunité, surtout compte tenu des taux d’intérêt compétitifs associés à ce crédit.
Le marché monétaire de la Cemac, orchestré par la Beac, est divisé en deux compartiments : le marché interbancaire et les interventions de la banque centrale à travers deux guichets, A et B. Le guichet A est très sollicité par les banques commerciales, qui y puisent des liquidités pour leurs opérations courantes. En revanche, le guichet B, bien qu’existant depuis les années 90, reste largement méconnu. « Nous avons constaté que seulement deux banques camerounaises ont utilisé ce guichet pour financer deux projets en trois ans », a indiqué le gouverneur.
Cette méconnaissance du guichet B est préoccupante, surtout dans un contexte où la région a besoin de dynamiser son tissu productif. En juin dernier, la Beac a organisé une rencontre à Bangui pour présenter cette option de financement, mais la réponse des banques a été décevante. « Les banques ont totalement méconnu l’existence de cet instrument. Nous avons dressé un état des lieux, et le constat est amer », a ajouté Yvon Sana Bangui.
Pour remédier à cette situation, la Beac envisage de réviser les textes régissant le fonctionnement du guichet B afin de mieux l’adapter aux besoins actuels des États et des établissements de crédit. « Nous travaillons à l’adaptation de ce dispositif à notre contexte d’aujourd’hui », a-t-il affirmé, soulignant l’importance de rendre cet outil plus accessible et attrayant.
La réhabilitation de la Sonara est cruciale non seulement pour le secteur pétrolier camerounais, mais aussi pour l’économie nationale dans son ensemble. La raffinerie joue un rôle central dans la sécurisation de l’approvisionnement en produits pétroliers et dans la création d’emplois. En facilitant le financement de ce projet, la Beac pourrait contribuer à la relance de l’économie locale, tout en soutenant l’initiative du gouvernement camerounais de moderniser ses infrastructures.
L’avenir de la Sonara et, par extension, celui du secteur énergétique camerounais dépend en grande partie de la capacité des autorités à dialoguer avec la Beac et à tirer parti des instruments financiers disponibles. Le temps presse, et les décisions à venir seront déterminantes pour la réalisation de ce projet vital. Raphael Mforlem


